Les origines d’un homme


Les origines d’un homme

Joël de Rosnay naît le 12 juin 1937 à l’île Maurice. Il est le fils de Gaëtan de Rosnay et de Natacha Koltchine. Le couple aura trois enfants : Zina, Joël et Arnaud. Le futur scientifique sera toujours fier de ses parents, mais regrette de ne pas parler le russe, malgré le fait que sa mère soit russe.

Joël de Rosnay est le descendant d’une famille de planteurs originaires de la région de Champagne, en France, mais dont les membres ont eu la particularité d’émigrer à l’île Maurice au XIXe siècle. Après son arrivée, le grand-père de Rosnay réussit à établir une propriété sucrière sur cette île du Pacifique. Très jeune, Gaëtan (1912-1992), le père de Joël, se passionne pour la peinture. Il est remarqué par le peintre de la marine française, Jean-Gabriel Daragnès, lors d’un passage à l’île Maurice. Ce dernier le met en contact avec un affichiste de Paris, Paul Colin, et il sera admis dans son atelier parisien à la fin des années 1930. Après un retour à l’île Maurice, où il sera l’élève de Max Boullé, Gaétan de Rosnay présentera ses premières expositions. Puis il reviendra en France en 1939, et y restera pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Il loua alors une villa à Biarritz. Pour le jeune Joël, c’est le début d’une longue histoire d’amour avec le pays basque français. À tel point qu’il y possède encore une maison et qu’il y séjourne régulièrement. Pour lui, cette région représente « la Californie de l’Europe ».

Après le second conflit mondial, Gaëtan de Rosnay continuera de peindre et fera partie du groupe des peintres de l’École de Paris. Parmi ces peintres qui ont insufflé une nouvelle forme d’art figuratif, citons Michel de Gallard, Bernard Buffet, Jansem, Maurice Verdier.

En 1957, Joël de Rosnay, qui a 20 ans, fait la découverte du surf par l’entremise du film Hawaï, île de rêve. Il se prend d’une véritable passion pour ce sport et fonde avec un groupe d’amis le Waikiki Surf Club. Il devient très vite un excellent surfeur, sera sacré champion de France en 1961 et participera trois fois aux championnats du monde. Il aurait même eu le privilège d’être l’instructeur de surf de l’actrice Catherine Deneuve ! Encore aujourd’hui, âgé de près de 70 ans, Joël de Rosnay pratique toujours le surf et il a initié ses enfants comme ses petits-enfants à ce sport exigeant. Les réunions familiales dans le pays basque français sont toujours d’excellentes raisons de sortir les planches. Le surf est pour lui un défi sportif, mais représente aussi une métaphore :

« Une vague, c’est le symbole de la destinée qui va finir sur une plage. Et, sur cette vague, déterminée par quelque chose d’autre que moi, je peux exercer ma liberté pendant un certain temps. » [1]

Son frère Arnaud était également un passionné de sports nautiques, et de planche à voile en particulier. Malheureusement, sa passion a aussi causé sa perte. Arnaud de Rosnay est décédé le 24 novembre 1984, alors qu’il est disparu en mer de Chine en effectuant la traversé du détroit de Taïwan en planche à voile.

Joël de Rosnay en parle avec affection :

« Mon frère Arnaud était non seulement un grand sportif mais aussi un visionnaire et un explorateur. Un visionnaire des modes de vie et des tendances de demain et un explorateur de notre planète ainsi que des futurs possibles. Vingt ans avant tout le monde il avait compris l’extraordinaire développement des sports de glisse en contribuant, notamment, à la promotion du surf, du windsurf, du Hobie Cat et du speed-sail. » [2]

Malgré ce drame familial, Joël de Rosnay a continué à pratiquer des sports difficiles. Il y a trouvé une forme d’équilibre qui complète sa carrière dédiée à la science et à la réflexion :

« Pratiquant des sports extrêmes, j’éprouve un plaisir certain à skier vite, à faire en sorte que mon catamaran finisse en tête de la régate, ou plus généralement à frôler le danger que génère la vitesse. Aussi, devant les excès de la vitesse, il faut savoir raison garder et se donner la possibilité de réintroduire dans ses activités de la lenteur, de la pérennité, savoir ajouter du temps au temps pour se construire progressivement et conférer ainsi du sens à ses actions. » [3]

Notes:

[1] Le monde, 22 novembre 2000

[2] Site Internet Le Carrefour du futur

[3] Le Nouvel Observateur, Hors série, mars-avril 2001