Le bonheur retrouvé


Le bonheur retrouvé

Éthologue, neurologue, médecin, psychiatre et psychanalyste, Boris Cyrulnik scrute l’âme humaine depuis plus de 50 ans. En observateur attentif et passionné, il s’attarde à comprendre comment il est possible de refaire les mailles de vies brisées, de rejouer des destins broyés par de violents traumatismes. Très tôt intéressé par l’éthologie, Cyrulnik choisit d’observer l’homme comme d’autres observent les animaux, ce qui déplaît à certains. Quoi qu’il en soit, le parcours de Boris Cyrulnik est singulier, et sa pratique se forge au croisement des disciplines. L’homme en constante quête de sens est aussi un auteur à succès, surtout connu du grand public pour ses recherches sur la résilience et sur la mécanique fragile du bonheur.

Boris Cyrulnik naît à Bordeaux, en 1937, de parents juifs d’origine russo-polonaise. C’est l’époque du Front populaire, et la France est alors portée par l’espoir d’une vie meilleure. Mais le bruit des bottes résonne déjà en Espagne : la guerre ne tardera pas à déferler sur le pays. Avec l’invasion de la France par les nazis, les Cyrulnik seront confrontés à de terribles événements. Le père, alors légionnaire, sera blessé au front avant d’être déporté vers les camps de la mort, sort ignoble aussi réservé à sa mère, qui avait œuvré dans la Résistance. Le jeune Boris connaît alors la peur, l’angoisse et frôle à son tour la mort de près.

En 1942, le petit Boris est seul. Il est recueilli par une brave enseignante qui le prend sous son aile et le sort de l’assistance publique. Mais la nature humaine étant ce qu’elle est, des voisins les dénoncent et le garçon est alors arrêté, puis embarqué par les Allemands dans une rafle commandée par Maurice Papon. Par un tour du destin qui tient du miracle, Boris réussira à se cacher au-dessus des toilettes, sera ensuite couvert par une infirmière et pourra ainsi échapper de justesse à la déportation. Comme pour tant d’autres, son enfance aura été un point tournant, « un mythe fondateur » d’une vie qui, dès lors, aura un goût bien particulier du sursis.

Ainsi, le jeune homme est habité par des souvenirs brutaux qu’il ne peut partager et qui auraient pu le laminer mais qui, au contraire, le forcent à vouloir se faire résilient, un concept qui se retrouvera plus tard au cœur de ses recherches. Une question le hante : pourquoi des hommes cultivés ont-ils été capables d’infliger un tel fracas ? Plutôt que de seulement juger, le jeune homme est habité par la rage de comprendre, qui deviendra le moteur de toute une vie.

Il entreprend alors des études en médecine, se spécialise en psychiatrie avant de pratiquer comme neuropsychiatre. Mais ce n’est pas tout. Dès son jeune âge, le jeune homme se découvre une passion pour l’éthologie, démarche scientifique qui se penche sur l’animal pour en observer les comportements dans son milieu naturel. L’approche de Cyrulnik trouve son originalité dans le fait qu’il l’applique aussi à l’humain, se servant de l’éthologie pour tenter de le comprendre et de distinguer la place qu’il occupe dans le vaste règne du vivant.

Parallèlement à ses travaux théoriques, Boris Cyrulnik a aussi pratiqué comme psychiatre et psychanalyste, étoffant au contact des patients ses théories sur la résilience, la peur, l’attachement et bonheur, théories qui l’ont fait connaître du grand public et qui trouvent résonance un peu partout sur la planète. Il assiste aussi l’Organisation mondiale de la santé et intervient auprès des populations traumatisées par de funestes conflits. Ainsi, non seulement Boris Cyrulnik est-il un chercheur de grande stature, mais il est aussi un vulgarisateur scientifique dont la pensée trouve écho auprès d’un vaste lectorat, un être humain qui aura métamorphosé sa blessure en une quête toute entière consacrée à apaiser celles des autres.