La passion d’écrire


passion d’écrire

Écrire est un verbe que Marie Laberge semble n’avoir jamais conjugué au futur. En fait, sa passion pour l’écriture se vit à l’impératif présent. Dramaturge prolifique qui compte à son actif plus d’une vingtaine de pièces, comédienne et metteure en scène à ses heures, l’auteure délaissera ensuite l’univers théâtral pour se consacrer corps et âme au roman. Et ce, avec un succès absolument foudroyant ! Le goût du bonheur, son ambitieuse saga, se vend à plus 500 000 exemplaires, ce qui fait de son auteure un cas d’exception dans l’histoire littéraire du Québec.

Si Marie Laberge affirme « n’avoir jamais rêvé d’être écrivaine », c’est qu’elle sait très tôt que l’écriture est déjà inscrite au cœur même de sa vie : non seulement est-elle une vibrante passion, mais elle est, aussi, un impératif besoin. Dès l’enfance, sur le long chemin de l’école, elle invente des histoires qu’elle couche ensuite sur le papier avant de les donner à lire à sa sœur, son tout premier public.

Mais les années de formation de l’écrivaine sont aussi marquées par le désir de brûler les planches. Après avoir suivi des cours de ballet, qui lui donnent la piqûre de la scène, et tâté du journalisme, Marie Laberge bifurque vers le théâtre. Elle se joint à la Troupe les Treize avant d’entrer, en 1972, au Conservatoire d’art dramatique de Québec. La jeune femme se fait alors connaître comme comédienne, avant de se lancer à son tour dans l’écriture dramaturgique, portée par la nécessité de faire entendre sa propre voix et de laisser libre cours à la déferlante d’émotions qui la bousculent.

C’était avant la guerre à l’Anse à Gilles, une de ses pièces maîtresses, l’impose définitivement comme dramaturge. La pièce porte en elle une puissante charge émotive et une gravité qui seront partout présentes dans son écriture, qu’elle soit théâtrale ou romanesque. C’est que l’œuvre de Marie Laberge ne fait pas dans la dentelle : elle est souvent violente, dure, sans concessions, marquée par la mort qui en devient une thématique essentielle, voire structurante, mais aussi par le désir d’amour qui se fait entendre comme un incessant appel. La gravité de son œuvre contraste avec la personnalité exubérante et vive de son auteure, qui affirme vouloir savourer la vie d’autant plus qu’elle en connaît l’extrême précarité.

Dans les années 1980, Laberge s’affirme comme une figure marquante du théâtre québécois. Ses pièces sont montées un peu partout, ici comme à l’étranger, et le public répond favorablement à l’appel. Mais son théâtre subit simultanément l’assaut de critiques parfois « vitrioliques ». Éreintée par certaines mesquineries qui minent alors son plaisir de créer, et ne voulant pas se répéter, la dramaturge se tourne vers le roman. Si elle publie Juillet en 1989, son premier titre, c’est avec Quelques adieux que la romancière prend véritablement son envol.

Les succès s’enchaînent alors sans relâche : Le poids des ombres, Annabelle, La cérémonie des anges. Rapidement, l’écrivaine devient une incontournable tête d’affiche du paysage littéraire québécois. À la suite de l’échec du second référendum, dans la foulée duquel elle coécrit la Déclaration d’indépendance, Marie Laberge entreprend d’écrire une imposante saga, Le goût du bonheur, renouant ainsi avec un plaisir de lecture qui plonge ses racines au plus profond l’enfance.

En véritable bourreau de travail, l’écrivaine rédige à la main, en moins d’une année et dans une solitude quasi absolue, les 2 000 pages de sa fresque, répartie en trois tomes : Gabrielle, Adélaïde et Florent. Ainsi, celle qui affirme qu’écrire est un acte de liberté, qui suppose le courage de s’abandonner à l’exploration des profondeurs insoupçonnées tapies au cœur de l’être humain, aura su donner « le goût du bonheur » à ses nombreux lecteurs qui, littéralement, s’arrachent ses bouquins et les dévorent !