Coups de crayons !


Coups de crayons

Caricaturiste de grand talent dont les « petits bonhommes » font mouche, créateur du personnage de Gérard D. Laflaque qui tient la barre de l’émission Et Dieu créa… Laflaque, Serge Chapleau s’est bâti une solide réputation à la pointe du crayon, croquant sur le vif les personnalités de l’heure, les moments forts de l’actualité ainsi que les travers de notre société.

Dernier enfant d’une famille de sept garçons, Chapleau vient au monde à Montréal, en 1945, et grandit dans la ruelle de la rue Drolet, milieu qu’il décrit comme « pauvre, où culturellement il ne se passait rien, à part la culture des tomates des voisins portugais. » Revenant sur une enfance qu’il compare au Léolo de Jean-Claude Lauzon – la poésie en moins -, Chapleau cultivera toute sa vie un sens de l’humour et de la dérision qui lui furent probablement salutaires.

Mais le désert produit étonnement des fleurs, car les sept garçons Chapleau sont particulièrement doués en dessin. Tous, sans exception. C’est d’ailleurs un des aînés qui convaincra la mère d’inscrire Serge à l’École des beaux-arts de Montréal. Dès lors, le jeune homme découvre un foisonnant univers artistique qui le nourrit et le stimule, tout comme il fait la découverte d’une vie de bohême qui semble tout particulièrement lui plaire.

En 1972, Serge Chapleau publie sa toute première caricature, un dessin couleur de Gilles Vigneault, qui obtient un succès immédiat auprès du vaste lectorat de la revue Perspectives. La collaboration se poursuivra quelques années durant, avant que le caricaturiste n’aille faire montre de son talent dans diverses autres publications. Parallèlement, Chapleau troque un temps le crayon pour l’harmonica et accompagne Plume Latraverse sur son disque Le vieux show son sale, tout comme il avait un temps œuvré comme batteur aux côtés des Cailloux.

Dans les années 1980, Serge Chapleau crée la désormais célèbre marionnette de Gérard D. Laflaque, personnage dérangeant mais sympathique dont les débuts se font sous la forme d’une Minute et quart diffusée sur les ondes de Radio-Québec. Chapleau travaille trois années durant à cette folle aventure, confectionnant la marionnette et peaufinant ses techniques de manipulation dans le but de lui trouver une vitrine, et de percer le marché américain. Mais les projets achoppent.

La popularité grandissante des dessins de Serge Chapleau – dont l’habileté du trait de crayon rivalise avec l’acuité du regard -, lui ouvre les portes du Devoir en 1985. Au journal, le dessin se vit désormais au quotidien, avec l’impératif créatif que cela implique, mais aussi avec un espace de liberté qu’il doit s’approprier tout en en jaugeant les limites. En 1996, Chapleau quitte cette fois Le Devoir pour La Presse, en remplacement du talentueux Girerd. Il y tient l’affiche depuis lors, pour le plus grand bonheur de ses nombreux lecteurs. Un florilège de ses meilleurs dessins paraît aussi annuellement dans L’année Chapleau.

En 2004, vingt ans après sa création, Gérard aura enfin son heure de gloire alors qu’il se voit transformé en personnage d’animation 3D dans Et Dieu créa… Laflaque. Ainsi, Gérard D. Laflaque reprend sa place sur nos écrans dans une émission humoristique qui, outre le fait qu’elle déboulonne les personnages politiques et jette un regard incisif sur l’actualité, tient du véritable exploit technique.

Qu’il exerce son talent sur papier ou qu’il le décline en d’autres médiums, il n’en demeure pas moins que les crayons de Chapleau sont toujours aussi bien aiguisés, tout comme son exceptionnel sens de l’observation et le mordant de d’un propos qui refuse de céder le pas à la rectitude politique.