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Du monothéisme à la modernité : Le bonheur du choix, le malheur du choc !

En collaboration avec  En collaboration avec l'Université de Sherbrooke

Par Sami Aoun

Épris de ses convictions monothéistes et de ses choix modernistes, Marek Halter a consacré sa vie et sa plume à une approche humaniste du patrimoine abrahamique, ainsi qu’à une approche éthico-spirituelle de la démarche de la modernité. Ce natif de Varsovie est issu d’une famille de lettrés juifs : un père imprimeur et une poétesse yiddish. Au début des années 50, Marek Halter et ses parents s’installent à Paris, après un passage forcé dans les pays de l’est où il a exercé plusieurs métiers. Marek Halter, enfanté dans la déchirure sans perdre pour autant la noblesse de sa généalogie, raconte sa vie comme « un récit » mais qu’il veut délibérément être « un enseignement » [1].

Ce qui suit constitue une réflexion qui appuie et accompagne l’engagement de Marek Halter pour la paix entre les adeptes du monothéisme abrahamique et une modernité réconciliée avec la spiritualité.

Introduction

Dans son ouvrage Critique de la modernité, Alain Touraine avance ceci : « L’idée de modernité remplace au centre de la société Dieu par la science, laissant au mieux les croyances religieuses à l’intérieur de la vie privée. » Partant de cette remarque, il est clair que la modernité relègue la religion au second plan. Cette dernière, au moins dans l’espace oriental, résiste à (ou rejette) cette ambition moderniste. Pourtant, les trois religions bibliques monothéistes abrahamiques, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, dans leurs dimensions paradigmatiques et à leur façon, cherchent leur propre modernité. « Dans les temps anciens, la société civile était représentée par les prophètes. Le prophète en hébreu veut dire nabî, qui vient du mot acadien, sumérien, à quatre mille ans. Nabou qui veut dire « le cri ». Il y a des gens qui savaient crier », et savaient s’opposer à l’oppresseur. « Il y avait des écoles de prophètes. Un prophète est celui qui nous tient en éveil, il est toujours utile car il représente un cri ». [2] Peut-on toucher ici un cri / soupir de la liberté, postulat fondamental à la liberté ?

Chacune des trois traditions abrahamiques vit, selon ses propres convictions, les défis de l’avortement de cette modernisation ou du moins de son dérapage du aux crispations nationalistes et identitaires, ainsi qu’aux alliances et contre alliances stratégiques et géopolitiques en Orient ou ailleurs. Que ce soit dans des sociétés multi religieuses (le Liban où la guerre civile est toujours menaçante, l’Égypte avec ses chrétiens en mal de citoyenneté, le Soudan, l’Inde, la Russie, etc.) ou dans des sociétés fondées sur les idéaux de la modernité politique, entre autres la laïcité (la France où le communautarisme est perçu comme une revanche du sacré, le Canada qui fait cohabiter tant bien que mal multiculturalisme et sécularisme, le « melting pot » américain où religiosité, fondamentalisme, patriotisme et constitutionalité sont mis à l’épreuve, etc.), les relations entre les communautés majoritaires et minoritaires cherchent des terrains interculturels d’entente au sein de démocraties réelles ou rêvées.

Cofondateur de SOS Racisme, Halter avoue dans un moment d’humanisme poussé au paroxysme : « Nous sommes tous racistes. C’est un sentiment le mieux réparti parmi les hommes. Mais le savoir, savoir que ce n’est pas bien, c’est déjà important. Alors, je me contrôle ». D’où cette limitation volontaire et consciente du droit à l’expression, cruciale pour le bon usage de la liberté. Une auto censure salvatrice de la paix sociale et nécessaire pour le dialogue interreligieux et interculturel. « Je sais que raconter une blague sur les Noirs, ça fait peut peut-être faire rire les petites copines que je vais séduire, mais ça peut aussi susciter en elles une haine contre les Noirs. Donc, je n’ai pas le droit de le faire. Je me censure. Je ne veux pas que quelqu’un me censure. Si demain, quelqu’un voulait me censurer, je descendrais dans la rue manifester. Mais, je dois me censurer moi-même, c’est vrai au nom de ces valeurs que je connais puisque tout le monde le connaît : bien, mal, vie, mort. » [3]

Notes:

[1] Interview de Marek Halter par Stéphan Bureau, chapitre 1

[2] Interview, chapitre 1.

[3] Interview, chapitre 1.



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