Artisan plutôt qu’artiste. Voilà comment aime à se définir Albert Uderzo. Et pourtant, Uderzo est l’un des maîtres incontestés de la bande dessinée, une forme d’expression qu’il a puissamment contribué à hisser au rang de neuvième art.
Les bédéistes du monde entier lui doivent une fière chandelle, car en compagnie du scénariste émérite René Goscinny, il a créé une œuvre qui a eu des échos aux quatre coins du monde. Et ainsi popularisé la BD, tout en la faisant passer à l’âge adulte. Les aventures d’Astérix le Gaulois, son œuvre maîtresse, ont été édité en plus de 100 langues et dialectes, et vendus à plus de 300 millions d’exemplaires.
Rien pourtant ne destinait le jeune Albert Uderzo à une telle gloire. Né en 1927 avec six doigts à chaque main, cette malformation vite corrigée ne l’a pas empêché de développer un talent hors du commun pour le dessin. Et le fait d’être daltonien ne l’a pas découragé non plus. Sa passion pour les bandes dessinées américaines et pour les personnages de Walt Disney n’a fait que confirmer son destin : il sera illustrateur.
C’est aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale qu’Albert Uderzo obtient son premier contrat, et il apprendra au fil des ans tous les rudiments du métier. Le dessinateur fera progressivement la connaissance de collègues qui imprimeront leurs marques indélébiles dans l’univers de la BD. Parmi eux, le scénariste belge Jean-Michel Charlier, un des créateurs du fameux personnage Blueberry. En compagnie de Charlier, Albert Uderzo réalisa la série Tanguy et Laverdure, relatant les aventures de deux officiers de l’Armée de l’air française. Afin de réaliser des dessins d’une grande virtuosité, Uderzo prit l’habitude de consulter une importante documentation pour éviter la moindre erreur technique.
Bien que son travail avec Jean-Michel Charlier et avec d’autres collaborateurs ait été remarquable, c’est la rencontre avec René Goscinny en 1951 qui changea la vie d’Uderzo, et par extension l’univers de la bande dessinée. Le duo créa le personnage de Jehan Pistolet, ainsi que celui d’Oumpah-Pah. Puis, Uderzo et Goscinny participèrent à la création de la revue Pilote, qui s’avéra une véritable pépinière de talents.
C’est à l’occasion du lancement de cette désormais mythique revue, en 1959, qu’Uderzo et Goscinny imaginèrent le petit gaulois Astérix. Le succès fut au rendez-vous, autant pour la revue que pour la série Astérix.
Lentement, mais sûrement, Astérix et ses compagnons séduisent les enfants, puis les adultes. La bande dessinée venait alors de se trouver un nouveau public. De plus, les deux pères d’Astérix réussissent à insuffler un esprit français à un univers largement influencé par le style américain.
Les irréductibles gaulois conquirent la France, puis la Francophonie, et finalement le monde. Malheureusement, la mort faucha le scénariste René Goscinny en 1977. La perte de ce collaborateur et ami aurait pu signifier la fin des aventures d’Astérix et Obélix. Et pourtant, Albert Uderzo a choisi d’assumer seul la paternité des héros gaulois. Et le public a été plus nombreux que jamais à le suivre dans cette voie.
Aujourd’hui, les personnages d’Astérix ne sont pas cloisonnés uniquement dans les albums. On les retrouve également au cinéma, en dessins animés, et dans un parc thématique. Un succès qui témoigne de la vitalité artistique d’un grand... artisan.
Astérix
Site officiel d’Astérix.