Le plugiciel Flash n'est pas installé, n'est pas activé ou bien vous avez désactivé l'exécution de JavaScript dans votre fureteur.

Enki Bilal
Portrait d’un visionnaire

Géant de la bande dessinée et visionnaire dont l’œuvre entière témoigne des grands bouleversements du XXe siècle, Enki Bilal a su réinventer les codes de la bande dessinée et donner à cette forme d’expression un véritable statut d’œuvre d’art. Au-delà du fait que Bilal ait pulvérisé les cadres de la planche et ouvert la narration à de nouveaux horizons, l’artiste a aussi transformé ses dessins en toiles grand format peintes à l’acrylique qui, reconnues à titres d’œuvres importantes, sont exposées en galerie et cotées sur les marchés. Ainsi, Enki Bilal, bédéiste de génie et réalisateur de trois longs métrages, est en fait un artiste pluridisciplinaire qui se tient en équilibre sur la frontière où se rencontrent littérature et arts visuels, au somment même de ce neuvième art qu’il a contribué à renouveler.

Né à Belgrade en 1951, dans la Yougoslavie de l’après-guerre sur laquelle règne Tito, Enes Bilalovic y vit une enfance heureuse. Dès son jeune âge, il est fasciné par le cinéma et fait preuve d’un grand talent pour le dessin. Alors qu’il n’a que de 10 ans, Enki et sa famille immigrent en France. Accompagné de sa sœur et de sa mère, ils partent en train pour aller rejoindre le père déjà installé depuis quelques années dans la banlieue parisienne. Dès son arrivée, le jeune garçon n’a qu’un désir : apprendre la langue et s’intégrer au plus vite.

La jeunesse française d’Enki est marquée par son amour du cinéma, son intérêt pour le dessin et la découverte de la littérature - surtout Baudelaire et les auteurs fantastiques. L’effervescence grandissante autour de la bande dessinée française de l’époque pique sa curiosité. Se tournant alors vers la revue Pilote, où les grands noms se bousculent, il aurait demandé conseil à Goscinny, qui l’encouragea dans cette voie. Quelques années plus tard, à peine âgé de 20 ans, Enki Bilal remporte un concours organisé par cette même revue. C’est ainsi qu’il commence à construire son univers pictural en collaborant à Pilote.

Mais c’est à la suite de sa rencontre avec le scénariste Pierre Christin que son style se précise et que sa carrière prend véritablement son envol. En effet, les deux hommes mettent en commun leurs talents et publient une série d’albums regroupés sous le titre des Légendes d’aujourd’hui, qui réinventent le genre en l’ouvrant aux réalités sociales et politiques contemporaines. Leurs efforts culminent avec la parution de deux titres qui font date : Les phalanges de l’Ordre noir (1979) et de Partie de chasse (1983), œuvres des plus abouties dont le dernier titre anticipe brillamment la chute du communisme.

Parallèlement à cette fructueuse collaboration, le dessinateur de génie commence à élaborer ses propres scénarios et initie sa Trilogie Nikopol en publiant La foire aux immortels (1980). Considérée comme une œuvre d’anticipation plutôt que de science-fiction, l’univers de Bilal se déploie dans un « futur présent ». La femme piège paraît en 1986 et vient en quelque sorte faire éclater les codes de la bande dessinée et accélérer le renouvellement du genre, puis c’est au tour de Froid Équateur (1992), qui remporte un succès phénoménal et se classe au palmarès littéraire.

Simultanément, Bilal travaille en cinéma, participant à la création de décors pour les films d’Alain Resnais au moyen d’une technique de peinture sur verre. Il sera à son tour tenté par l’aventure et réalisera Bunker Palace Hôtel (1989), Tykho Moon (1997) et Immortel (Ad Vitam) (2004). Si la critique n’est pas tendre à l’égard de ses films, Bilal garde entière sa passion pour le médium et assume totalement sa production.

C’est à la suite de l’exposition Bleu sang présentée à la galerie Christian Desbois que la carrière de bédéiste prend une nouvelle tangente. En effet, en 1994, l’exposition donne à voir 10 tableaux grand format peints à l’acrylique, accompagnées de textes et d’aphorismes, qui seront ensuite regroupées en un volume. L’artiste revisite les personnages de la Trilogie Nikopol, mais les transpose dans un univers qui prend acte de l’éclatement de la Yougoslavie, ventre meurtri des Balkans d’où le créateur est originaire. Les convulsions qui secouent cette région imprègneront durablement sa production subséquente.

Avec Le sommeil du monstre, Enki Bilal initie sa Tétralogie, une nouvelle série d’albums imprégnés par les conflits politiques et religieux qui sévissent, sorte d’œuvre visionnaire qui anticipe la montée des intégrismes et les événements du 11 septembre. En effet, si les œuvres de Bilal flirtent avec l’anticipation, elles font essentiellement le portrait de nos sociétés contemporaines, posant sur elles un regard d’une acuité et d’une lucidité peu communes. Ainsi, Bilal, en créateur pluridisciplinaire dont l’œuvre est marquée par l’hybridité, est rien de moins qu’un monstre sacré de la bande dessinée, un artiste dont la sensibilité est résolument tournée vers le XXIe siècle.

Pour en savoir plus sur Enki Bilal et son oeuvre

À consulter: L'interview :
Liens externes :

Les Humanoïdes associés
Premier éditeur d’Enki Bilal.

Casterman
Nouvel éditeur d’Enki Bilal.

Galerie Christian Desbois
Galeriste et éditeur de certaines oeuvres d’Enki Bilal.