Psychanalyste, linguiste, sémiologue, essayiste et romancière... Si les titres sont nombreux pour définir une des figures intellectuelles marquantes du XXe siècle, la nature de son travail vise essentiellement une seule et même chose : réconcilier l’intime et le politique en inscrivant le premier au cœur même du second.
Née à Sliven, en 1941, dans une Bulgarie qui sera bientôt maintenue sous le joug de fer du stalinisme, la jeune Julia étudie la linguistique et rédige une thèse sur le Nouveau Roman. En 1965, dans la foulée du rêve d’une « Grande Europe » caressé par le général de Gaulle, Kristeva obtient une bourse d’étude pour venir compléter son travail en France.
À son arrivée à Paris, elle devient l’élève de Roland Barthes et se joint au groupe Tel Quel où collaborent, outre son professeur, Jacques Derrida, Michel Foucault et Philippe Sollers (ce dernier deviendra d’ailleurs rapidement son mari). À peine débarquée dans le groupe, la jeune femme tente d’ouvrir l’approche structuraliste à l’intertextualité et veut « bonifier » la sémiotique en y incluant l’approche psychanalytique - d’où son concept de « sémanalyse ». Mais laissons de côté ces considérations théoriques...
Dehors, la révolte étudiante bat son plein : la société française est aux prises avec les événements de Mai 68 et un climat politique explosif anime la rue. De son côté, Julia garde un certain recul par rapport à l’engouement communiste, contrecoup naturel pour qui a enduré les affres du stalinisme dans sa jeunesse. Selon ses dires, elle est plus attirée par une certaine « sensibilité maoïste ».
En 1974, accompagnée de certains confrères, Kristeva part pour la Chine, laquelle subit de plein fouet la Révolution culturelle de Mao. Elle revient déçue de son voyage et décide de mettre entre parenthèses l’idéal politique au profit d’une plongée dans les profondeurs de l’inconscient. Elle suit les séminaires de Jacques Lacan et, en 1979, devient psychanalyste. De cette discipline, elle dira plus tard qu’elle : « [...] est un humanisme élargi et lucide. »
Partagée entre la France et les États-Unis, la prolifique carrière universitaire de Julia Kristeva a généré une œuvre théorique dense et exigeante, souvent articulée autour des thèmes récurrents que sont les états de crise (abjection, mélancolie, horreur, révolte, etc.), les limites du langage et le féminin.
Au tournant des années 1990, Julia Kristeva se lance dans l’écriture romanesque et reprend, le plus souvent sous la forme de romans policiers, la démarche d’historienne et les thèmes avec lesquels elle n’a jamais cessé de jongler. À ce jour, quatre romans ont été publiés.
En parallèle avec ses activités d’écriture, Julia Kristeva fait place à l’engagement social, plus particulièrement auprès des personnes handicapées, des femmes et des immigrants, voyant en certaines formes d’exclusion dont ces groupes sont victimes un pont dressé entre l’intime et le politique.
En 2004, Julia Kristeva reçoit le tout premier Prix Holberg, qui vient souligner la grande pertinence de l’ensemble de sa carrière universitaire. Lors de l’allocution de remerciements, et pour revenir sur son parcours, Kristeva reprend les mots de son héroïne romanesque et nous offre cette phrase devenue devise : « je me voyage ». Venant d’une intellectuelle qui enseigne à cheval entre la France et les États-Unis, qui avait choisi, dès l’enfance, d’émigrer dans le territoire langagier de la francité, et qui décida, bien après, de suivre le périple intérieur du retour aux origines qu’est la psychanalyse, la phrase prend tout son sens !
Freud-Lacan.com
Site officiel de l’Association Lacanienne Internationale, association de psychanalyse fondée en 1982 par Charles Melman et quelques autres, qui poursuit le travail de Freud et de Lacan.