Albert Uderzo, dans sa résidence de Neuilly. « Je dis que je suis un artisan. Je n’aime pas le terme artiste, parce que je trouve que le terme artiste est trop galvaudé. »
Interviewé par Stéphan Bureau, Albert Uderzo raconte l’origine de ses personnages.
« Il existait un Dieu qui était Walt Disney, pour moi, parce que je le voyais au cinéma, je voyais ses petits films d’animation qui passaient bien avant l’arrivée du grand film de Blanche-Neige, et tout ça me subjuguait. Il n’y avait pas que Mickey, d’ailleurs. Il y avait aussi Félix le Chat. Il y avait des personnages comme ça qui m’avaient marqué. »
Interrogé sur sa technique de travail, Uderzo parle de la précision du dessinateur : « Au départ, je faisais l’entièreté du travail, à savoir non seulement le crayonné, mais je faisais aussi l’encrage avec des pinceaux extrêmement fins, et les gens étaient très étonnés de voir que je pouvais retracer au pinceau des lignes très fines comme ça, alors qu’en général, l’outil du dessinateur, c’est la plume à dessin. Et donc, moi, j’avais choisi le pinceau, ce qui a peut-être causé, d’ailleurs, la dégradation de ma main, parce que la crispation que je mettais pour maintenir le pinceau à l’endroit voulu a fait en sorte que ma main se fatigue. »
« À part le phénomène de Tintin, qui bouleversait, à l’époque, la bande dessinée, nous savions qu’il y avait gros à faire dans ce métier. Ce métier était mal considéré, d’une part, et d’autre part, il faisait tout pour être mal considéré, parce qu’il faisait des histoires qui étaient vraiment au premier degré, l’histoire humoristique était très pauvre : des histoires tartes à la crème qui faisaient en sorte que ça s’adressait à des enfants, pas à des adultes. »
Albert Uderzo raconte : "Quand j’avais pas les moyens d’avoir un coloriste, je faisais donc mes couleurs moi-même, et il m’arrivait fréquemment de faire un cheval vert, et ça faisait la rigolade de Goscinny, de... de Charlier plus tard."
« J’ai des mains, oui, de charcutier, on peut dire. Et j’ai un ostéopathe qui a essayé de me traiter cette main. J’ai vu toute la médecine du monde, sans résultat. Et cet ostéopathe m’a dit un jour : "Tu as voulu faire un travail d’orfèvre et t’es bâti comme un bûcheron." Oui, je sais bien, peut-être que je suis bâti comme un bûcheron, mais j’ai jamais eu l’âme d’un bûcheron. »
Au moment de l’interview, au printemps 2009, Albert Uderzo mettait la dernière main à un nouvel album d’Astérix, le sympathique héros gaulois né en 1959 dans le premier numéro de la revue Pilote. « Là, nous finissons un album qui va être l’album du cinquantenaire, qui est un peu différent d’un album traditionnel, puisque c’est sur les 50 ans. »
Croqué entre deux segments d’interview, Stéphan Bureau ne cache pas sa satisfaction d’avoir enfin pu rencontrer Albert Uderzo, le prolifique dessinateur de BD.
Ada et Albert Uderzo, une histoire d’amour qui dure depuis longtemps.
« J’ai dessiné quand même un gros personnage, un grand personnage. Pas gros, vraiment, mais plutôt... costaud, qui portait un menhir, parce que je savais pas du tout quel rôle lui donner et, comme nous étions en Armorique, c’est-à-dire en Bretagne, et qu’on sait que la Bretagne est fournie en menhirs et dolmens, je lui ai fait porter un menhir. »