Pour Michel Tremblay, qui partage sa vie entre le Plateau-Mont-Royal et Key West, l’écriture est une façon d’habiter un lieu, de le porter en soi. « Une des belles choses quand on est écrivain, c’est qu’on peut être n’importe où, on peut être n’importe où à l’intérieur. C’est un cliché, mais c’est vrai. »
Chaque année, l’écrivain quitte le Québec pour Key West. C’est là qu’il s’installe pour écrire ses oeuvres, selon une routine qu’il s’impose et qu’il suit... à la lettre. « Chacune des choses que je fais dans ces routines-là est quelque chose que j’aime, que je me suis imposé parce que je les aimais, ces choses-là. Les journées passent très rapidement et je suis toujours sûr, comme je travaille le matin, que quand je vais avoir fini, ma journée sera agréable parce que c’est... c’est formidable de vivre dans le Sud, c’est sûr ! »
Michel Tremblay explique à Stéphan Bureau à quel point l’écriture romanesque et théâtrale diffèrent pour lui. « J’écris pour le théâtre quand j’ai envie de crier des bêtises au monde, puis j’écris des romans quand j’ai envie de raconter une histoire à l’oreille de mon meilleur ami. C’est un peu exagéré des deux côtés, mais ça illustre bien le fait que le besoin d’exprimer est très différent d’un roman à une pièce. »
Parlant de son caractère à Stéphan Bureau, Michel Tremblay utilise cette formule qui en révèle le côté paradoxal : « Je suis un sédentaire qui voyage, puis un paresseux qui travaille. »
Bien qu’il connaisse un succès immense et que son oeuvre soit incontournable dans le paysage culturel québécois, l’écrivain concentre tout de même son attention sur le plaisir de faire les choses. « Laisser des traces ne m’intéresse pas. Ce qui est important, c’est ce que j’ai fait, le fun que j’ai eu à le faire, les gens que j’ai rencontrés, les pays que j’ai visités pour aller voir mes pièces, ça, c’est beaucoup plus important que ce qu’on va en dire dans cent ans. Je m’en fous ! »
Parce que son oeuvre puise abondamment au matériau familial, l’écrivain confie qu’il aurait été plus difficile pour lui de mener à bien son écriture si sa mère avait été vivante. « Si ma mère avait vécu, je ne dis pas que ce que j’ai écrit n’existerait pas, mais, ça l’aurait retardé, sûrement. Vous le savez comme n’importe qui, le nombre de choses qu’on s’empêche de faire à cause de notre mère, c’est incroyable. À cause de nos parents en général, mais de notre mère en particulier. Et j’aurais eu peur, même s’il y avait beaucoup de sincérité et d’amour dans Les belles-sœurs, malgré le côté caricatural, j’aurais eu trop peur que ma mère prenne ça comme une critique au premier degré. »
L’oeuvre de Michel Tremblay est en quelque sorte construire autour de la rue Saint-Laurent - la Main. Voici ce que l’auteur en dit : « J’ai utilisé la Main comme image d’un peuple qui veut changer et qui, au lieu de faire quelque chose pour changer, se déguise. J’ai beaucoup parlé du travestissement dans mes premières pièces, puis dans mes premiers romans aussi, et c’était toujours une image de gens qui rêvent d’être quelque chose d’autre, mais au lieu de faire quelque chose ou de ne rien faire du tout, ils se déguisent en quelqu’un d’autre, plutôt que de devenir quelqu’un d’autre. »
« J’ai toujours dit que la vie n’a pas de sens et que la culture existe, toute la culture, n’importe laquelle, existe pour donner un sens à quelque chose qui n’en a pas qui s’appelle la vie. »
Michel Tremblay confie à Stéphan Bureau qu’il aime bien venir lire au Coffee and Tea House, endroit qu’il fréquente tous les jours depuis plus de dix ans et où il prend le temps de faire un peu de lecture.
Afin de garder sa pleine liberté, Michel Tremblay refuse d’écrire pour conforter le public dans ses attentes. « La pire chose qui puisse arriver à un écrivain, c’est de vouloir plaire. On n’est pas là pour plaire, on est là pour dire des choses. C’est une des raisons, aussi, pour lesquelles je dis que je n’écris pas pour le public. Des fois, ça choque le monde, mais il ne faut pas écrire pour le public, parce que tu vas absolument vouloir plaire, tu vas vouloir séduire. Tu n’es pas là pour séduire, tu es là pour t’exprimer et faire exprimer des choses. Si tu penses trop au public, tu vas te censurer. »
Michel Tremblay se fait philiosphe... « Je n’ai jamais pensé à la mort, je n’ai jamais eu peur de la mort [...]. J’ai des amis qui pensent à la mort tous les jours, puis qui se meurent de peur, qui se meurent de mourir, de peur de mourir. Moi, je n’ai jamais pensé à la mort, mais depuis les deux fois où j’ai frôlé la mort, je pense à la vie, ce qui n’est pas du tout la même chose. Penser à la mort et penser à la vie, ce n’est pas pareil. »
Comme son père qui fut atteint de surdité, Michel Tremblay est lui aussi victime d’un acouphène. « La surdité, c’était surtout la peur de devenir fou à cause du son de l’acouphène. [...] Maintenant, ça fait 23 ans, puis je l’accepte, mais les premières années ont été très... Je me suis souvent rendu au bord du gouffre en disant : “Est-ce que je deviens fou ? Est-ce que je me laisse aller ? Est-ce que je tombe ?” Mais je m’en suis sorti - et je vous jure que c’est vrai -, en me faisant accroire que j’en avais besoin pour vivre, que si ce son-là n’était pas là, je m’en ennuierais. Et je l’ai cru. C’est ça qui m’a sauvé. »