Entre deux segments d’interview, Dany Laferrière nous lit un passage d’un des romans qui constituent son Autobiographie américaine.
Parlant de son rapport avec les grands et moins grands écrivains qui occupent les nombreux rayons de sa biblioithèque, Dany Laferrière affirme qu’il les considère d’abord comme des collègues. « [...] il n’y a pas de grands écrivains, il n’y a que des collègues. Le moindre écrivain qui commence à écrire devient le collègue d’Homère. [...] Pour écrire un mauvais livre, ça vous prend autant de passion, de patience, de colère que pour écrire un bon livre. La monnaie ne change pas. »
Dany Laferrière confiait en entrevue qu’il a l’impression que, dans une bibliothèque, les livres se contaminent entre eux, qu’ils dialoguent les uns avec les autres.
L’auteur voue une affection toute particulière à sa vieille Remington, cette machine à écrire sur laquelle il a rédigé la presque totalité de son oeuvre.
Dany Laferrière croit que, sans sa machine à écrire, il ne serait pas devenu l’écrivain qu’il est. « Je pense que s’il n’y avait pas de machine, je ne serais pas devenu écrivain. Parce que je n’aime pas l’écriture à la main. Quand j’écris à la main j’ai tendance à faire, à écrire de manière trop fleurie. [...] Je n’ai aucune oreille musicale, la seule oreille que j’ai, c’est celle d’une machine à écrire. »
Parlant du processus de création de son oeuvre, Dany Laferrière mentionne que : « L’imagination s’entraîne. Ce qui ne s’entraîne pas, c’est l’émotion. L’émotion n’est pas un muscle, l’âme n’est pas un muscle, mais je pense que l’esprit est un muscle. »
Voici comment l’écrivain décrit l’approche esthétique qui articule son travail romanesque : « Le monde littéraire que j’ai créé, quand même, est un monde inventé avec des choses vraies. Avec la réalité. D’ailleurs, c’était ma première vision de la littérature, c’était qu’on pouvait inventer quelque chose, on pouvait faire de la fiction avec tout ce qu’il y a de plus vrai. Et plus c’est vrai, et plus on est dans l’imaginaire. C’est pour cela que mes livres sont si collés à la réalité et, en même temps, si dans l’imaginaire. »
Dany Laferrière affirme qu’écrire, c’est d’abord une façon de faire parler les silences. « C’est entre les deux phrases que l’écriture se passe, et qui fait la différence entre le journalisme [...] et la littérature, c’est-à-dire celle qui va rester. C’est dans ce petit espace qu’il y a entre deux phrases, là où se trouve le point, que doit se situer l’émotion que le lecteur ne voit pas mais qu’il ressent. »
Auteur de l’Autobiographie américaine, Dany Laferrière se plaît à dire que son « cœur est à Port-au-Prince, son corps à Miami et son âme à Montréal. »
Dany Laferrière et Stéphan Bureau au moment de tourner le segment d’interview où sera abordé le processus de création de l’écrivain.
Outre son travail littéraire à proprement parlé, Dany Laferrière voudrait que son travail fasse oeuvre utile pour son pays d’origine, Haïti. Il l’exprime ainsi : « [...] la chose que je voudrais faire le plus au monde - parce qu’il me reste encore quelque chose -, c’est l’idée de concevoir une œuvre beaucoup plus importante que moi, qui pourrait faire en sorte que pour une fois Haïti serait une bonne nouvelle dans le monde. »
« Je cherche toujours une phrase qui me définit dans le temps et j’avais trouvé cette phrase que j’avais écrite dans un journal de Port-au-Prince [...]. On était en pleine dictature et j’avais répondu que je me vois comme une feuille, légère et étourdie, sur un fleuve de sang et de boue. Pour moi, la réalité de la dictature était ce fleuve de sang et de boue, et moi j’étais une feuille détachée d’une branche d’un arbre et qui flottait, légère et étourdie. »