Richard Desjardins confie à Stéphan Bureau à quel point écrire une chanson peut être un exercice exigeant, qui demande un grand abandon. « [...] c’est quand même un art, faire une chanson, c’est une pièce d’orfèvrerie, ça prend beaucoup... ça prend beaucoup de ta tête, de tes yeux, de tes sentiments... »
L’auteur-compositeur-interprète dit de la chanson qu’elle répond à un besoin profondément humain, qui est de se faire conter des histoires. « C’est toujours une histoire, on ne s’en sortira pas, on est des humains, nous autres, depuis qu’on est sur le bord du feu, il y a deux millions d’années qu’on se conte des histoires, ça ne changera pas. Un bon conteur d’histoires va toujours être capable de fasciner son monde ou de le transporter. »
Rencontré en cours de montage de son plus récent film, Le peuple invisible, Desjardins nous confiait que, pour lui, la chanson s’apparente au cinéma : « Le monde, il faut que tu leur projettes un univers, il faut qu’ils rentrent dedans, puis ils vont « tripper » pendant trois minutes. [...] Il y a juste des mots qui flottent avec un petit peu de musique, puis ils sont dedans jusqu’aux dents. Il n’y a pas d’écran, il n’y a pas de projecteurs, pas de pop-corn, ils sont aux vues. C’est fantastique. Du cinéma pour les aveugles. »
Réfléchissant sur la façon dont les gouvernements gèrent l’exploitation des ressources naturelles et sur les repercussions que pourrait avoir leur potentielle dilapidation, Richard Desjardins dira ceci : « Les jeunes, ils ne désertent pas les régions, c’est les régions qui ont déserté les jeunes. »
Dans les années 1970, Richard Desjardins voyage jusqu’en Terre de Feu. Non seulement ce périple permet à l’artiste de découvrir la poésie latino-américaine, mais il concourt aussi à forger sa conscience politique. « [...] je me suis réveillé, je pense, quand je suis arrivé au Chili, puis que c’était la même compagnie d’où je venais qui était si puissante au Chili. Et si puissante en Abitibi. D’ailleurs, quand Pinochet a pris le pouvoir, quand il a renversé le gouvernement, la première compagnie occidentale qui a pris contact avec lui c’était Noranda. »
La musique a toujours fait partie de l’existence de Richard Desjardins. À ce sujet, il mentionne que nulle part ailleurs il ne se sent aussi à l’aise qu’au piano. Peut-être parce que petit, personne n’avait le droit de le déranger lorsqu’il jouait de cet instrument. Une sorte d’immunité musicale...
Ces dernières années, l’auteur-compositeur-interprète s’est fait plus rare sur la scène culturelle, entre autres parce que son action citoyenne et son travail de réalisateur l’ont gardé bien occupé. Mais l’artiste ajoutait en entrevue que : « L’inspiration, ça ne se commande pas. Tu sais, ça se conditionne, mais ça ne se commande pas. ». Il précisait du même souffle qu’il ne remontera sur scène qu’après avoir produti du nouveau matériel. Souhaitons- nous qu’il soit particulièrement inspiré...
En compagnie de sa soeur, Richard Desjardins a fondé l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue (ABAT). En entrevue, il qualifiait ainsi la nature de leur mandat : « [...]on est là pour la protection de la forêt boréale, puis pour l’introduction, la réintroduction, peut-être, de l’intelligence forestière. On n’est pas contre la foresterie... mais il y a une manière de se servir de la forêt. »
Richard Desjardins considère qu’il est privilégié par rapport à d’autres, car il a du temps... Du temps pour réfléchir à certains enjeux sociaux, pour déployer son esprit critique, de temps pour créer. « Du temps libre. C’est ça, la plus grosse richesse. Du temps libre, puis de la soupe, puis t’es correct. »
S’il s’est généreusement prêté au jeu de l’interview en compagnie de Stéphan Bureau, Richard Desjardins est néanmoins fort critique face à la très grande place qu’occupe la télévision dans notre société. « Ce n’est pas juste au Québec, c’est à la grandeur de la Terre. C’est un phénomène, mais le monde est gelé par la télé. J’hallucine. Vingt-et-une heures par semaine. Tu divises par sept jours, ça fait trois. Là, t’en travailles huit, t’en dors huit, t’en voyages deux, trois, t’en manges une couple... T’as le temps de te brosser les dents puis c’est tout. »