Philosophe athée et hédoniste, Michel Onfray croit qu’il faut redéfinir la conception de la famille. « Nous sommes des êtres de désir avec des envies, des pulsions, et soit on s’interdit de vivre ces désirs-là, soit on les vit, mais en cachette, en se dissimulant toutes ces choses-là. Donc, je dis : “La famille, redéfinissons-là autrement”. »
L’oeuvre de Michel Onfray s’ancre dans le corps et parle du corps. Autrement dit, elle est portée par un désir d’incarnation : « Moi, je propose qu’on revienne à l’état préchrétien qui consiste à dire : “Un philosophe, c’est quelqu’un qui propose une existence, un mode d’existence, un type d’existence.” Un mode de vie. C’est une vie philosophique que doit viser le philosophe. »
La philosophie peut-elle nous aider à mieux vivre ? C’est en tout cas ce que nous dit Michel Onfray, qui en a fait son projet de vie. « J’essaie de vivre la philosophie que j’enseigne et d’enseigner la philosophie que je vis, et la théorie nourrit la pratique. »
Auteur des plus prolifiques, Michel Onfray a publié plus d’une trentaine de livres en moins de 20 ans. « À tous ces auteurs qui mettent 20 ans à faire un livre, qui l’ont réécrit 52 fois et qui, en même temps, sont encore sur le marbre à retravailler juste avant la production, dans la douleur, et qui ont perdu 200 kilos, je dis : “il faut arrêter, ce n’est pas une obligation d’écrire des livres”. »
Michel Onfray dans son bureau : « La méthode, il n’y a pas des plages de travail et des plages qui ne seraient pas de travail, c’est toujours. J’ai toujours plusieurs chantiers en même temps. »
Michel Onfray a frôlé la mort a deux reprises, ce qui a probablement contribué à nourrir sa réflexion sur le sujet. Voici ce qu’il en dit : « Il y a ce sur quoi on a du pouvoir, et ce sur quoi on n’a pas de pouvoir. Ce sur quoi on n’a pas de pouvoir, ça ne sert à rien de se rebeller. Donc, si tu dois mourir, tu dois mourir, et il faut mourir correctement, avoir l’élégance de mourir sans gêne, sans pleurer, etc. Et je ne sais pas si je mourrai proprement à mes yeux, c’est-à-dire dignement, disons-le comme ça. »
Au moment de leur rencontre, Michel Onfray confiait à Stéphan Bureau cette réflexion : « Il y a une urgence chez moi à densifier l’instant parce que je pense qu’il n’y a qu’une vie, il n’y en aura pas deux. »
L’hédonisme que défend Onfray fait écho à cette maxime du moraliste Chamfort : « Jouir et faire jouir, sans faire de mal à toi ni à personne, voilà le fondement de toute morale. »
Michel Onfray se souvient avec effroi des mois passés à travailler à l’usine de fromage, alors qu’il était encore étudiant. Si, à l’époque, son sort ne diffère pas de celui de ses collègues, il sait pourtant qu’il finira par démissionner, ce que d’autres n’ont pas le loisir de faire. Il raconte : « J’avais l’impression de le faire un peu pour eux en disant : “Bien, écoutez, si je peux être un peu votre dignité ou la manifestation de votre dignité, ça me fait plaisir.” Et je suis parti, j’ai quitté cette usine. »
Michel Onfray est athée, au moins depuis son séjour à l’orphelinat alors qu’il était enfant. Il explicite ainsi sa pensée : « Les religions qui nous invitent à supporter la douleur, la souffrance et la misère sur terre sous prétexte que ça nous ouvre le ciel et qui, en même temps, sont complices des exploitations que le capitalisme génère. Enfin, toutes ces choses-là, j’ai vu très vite et très tôt que ça ne pouvait pas marcher, du moins, que je ne pouvais pas y adhérer, y consentir. »
Michel Onfray craint que la civilisation occidentale ne soit en péril. Du moins, il en relève les signes d’effritement : « [...] elle s’effondre avec l’illettrisme généralisé, avec le triomphe de la fiction sur la vérité ou sur la réalité, avec la possibilité pour un discours de mensonge d’avoir une même épaisseur qu’un discours de vérité, avec le règne de l’argent, avec l’incapacité à la construction de soi, enfin, avec toutes ces choses. »
« Le combat libertaire, il est romantique et désespéré, parce que le marché triomphe, de toute façon, parce que l’imbécillité triomphe, parce que l’irrationnel triomphe, parce que le déraisonnable triomphe, parce que les gens préfèrent croire [...] qu’un homme est capable de marcher sur les eaux [...] plutôt que de croire à des choses dures du genre : “Votre vie est courte, toute existence est brève, vous allez mourir, après la mort, il n’y a rien du tout.” »