Alors qu’elle était journaliste - c’était à la fin de la Deuxième Guerre mondiale -, Mavis Gallant insiste pour rencontrer les personnalités Jean-Paul Sartre et Paul Hindemith, de passage à Montréal. Son éditeur lui répond : « J’en ai assez de ces Canadiens français géniaux que tu essaies tout le temps de me faire avaler. » Gallant fera finalement à sa tête et obtiendra d’interviewer les deux hommes.
Un jour, Mavis Gallant part pour la Ville lumière, afin de tenter sa chance comme écrivain. De quoi allait-elle vivre à Paris ? Mavis Gallant répond à Stéphan Bureau : « Je ne sais pas. Ça ne m’est pas venu à l’esprit. J’avais certainement plus que quand je suis arrivée de New York à Montréal. [...] Je n’avais aucune idée d’acquisition ou d’acheter des choses. [...] Donc, c’était une vie correcte. » Si elle vit modestement, elle profite pleinement de son autonomie.
Petite, Mavis Gallant est impressionnée par le style vestimentaire de son père et de sa mère. « J’aimais beaucoup l’apparence de mes parents, [...] j’aimais leur façon de s’habiller, j’aimais comment ils se présentaient. [...] Je trouvais qu’ils étaient mieux que les autres parents, j’étais très fière (Rires). »
Que pense Mavis Gallant des journalistes qui se prononcent sur son œuvre ? « Il y a une coïncidence avec ce que je pense moi-même, dit-elle, mais parfois, c’est à côté, [...] même quand c’est aimable, c’est à côté. On peut pas faire autrement. Je garde très peu de critiques. »
Dans la collection de nouvelles portant le titre de Montreal Stories, on retrouve le personnage de Linnet Muir, dont certaines des aventures sont largement inspirées de la vie de Mavis Gallant.
Voilà quelque cinquante ans que Mavis Gallant fréquente le restaurant Wadja, un établissement qu’elle a découvert à son arrivée à Paris. « C’était à ce moment-là un bistro très, très bon marché et j’étais fauchée. Alors, je venais ici. [...] Il y avait dans la rue une grande académie de dessins. [...] Joe Plaskett, le peintre canadien, venait ici mais je l’ai pas connu. On a découvert ça plusieurs années après qu’on était là en même temps. »
Caméra oblige, Mavis Gallant se prête à la retouche maquillage, sous les bons soins d’Aurore, notre maquilleuse.
« Qu’est-ce qui permet de dire : "Est-ce que j’ai ce qu’il faut pour être écrivain ?" » demande Stéphan Bureau à Mavis Gallant. « Le désir de faire ça, répond-t-elle, c’est tout. Vous savez, c’est pas la peine de rêver : "Je voudrais vivre comme ci et comme ça", il faut essayer. Et si ça marche, bon. »
Mavis Gallant et Stéphan Bureau tout sourire au terme de leur interview dans le restaurant Wadja.
Pendant les événements de Mai 68, Mavis Gallant sent le besoin de prendre l’air... du temps. « J’étais tout le temps dans la rue. Tout le temps, du matin au soir. Oui. [...] En relisant mon journal, je vois que je me levais au milieu de la nuit pour m’habiller et sortir parce que j’entendais du bruit. »
Mavis Gallant se souvient que les gens au New Yorker étaient plutôt exigeants. « Ils jugeaient un écrivain sur la nouvelle qu’ils avaient devant eux, pas celle qu’elle a fait il y a deux ans qu’on a tellement aimée. C’était celle-là, comme si vous n’aviez jamais rien écrit avant. La barrière était très haute et c’était très stimulant. »
Mavis Gallant au sujet du Montreal Standard : « C’était un bon journal, mais qui n’existe plus depuis [...]. Comme c’était un journal qui paraissait les week-ends, on travaillait toute la semaine vers ce dont on faisait des grands articles. Vous savez, c’est parce qu’il y avait la place, il y avait plusieurs sections. Et je disais : "Je pars faire des recherches dans telle bibliothèque." [...] Et je rentrais chez moi (rires). Je me souviens très bien. »
À la libraire anglophone Village Voice, haut lieu de la vie intellectuelle parisienne, que Mavis Gallant a suggéré pour tourner un segment d’interview. De son amie Josie Peron, qui tient cette librairie, l’écrivain dira à Stéphan Bureau. « Il y a d’autres libraires, dit Mavis Gallant. Vous savez, elle ne vous le dira pas, mais elle a été votée par je ne sais quel comité, la meilleure libraire étrangère sur ce continent. »
Qu’est-ce que les lecteurs devraient retenir de votre œuvre, demande Stéphan Bureau à Mavis Gallant. « Ce qui leur plaît. Vous savez, je ne suis pas en train de les faire manger à la cuillère. Ils doivent prendre les épis, manger par eux-mêmes. »
L’écriture, « c’est à peu près la seule chose où j’étais disciplinée, se rappelle Mavis Gallant. Oui mais, vous savez, si vous êtes écrivain, vous vous levez et vous écrivez. Tous les écrivains font ça. Ils se lèvent, ils avalent un café, ils jettent un coup d’œil sur le journal et ils se mettent à leur table de travail. »
À l’adolescence, « mes poèmes étaient très politiques, s’esclaffe Mavis Gallant. Ma mère avait trouvé un poème qui s’appelait - et c’était pas une plaisanterie : "Pourquoi je suis socialiste". »
« Parfois, ça marche mal, et vous vous dites : "Ça vaut rien, je suis en train de rater ma vie, écrire sur des gens qui n’existent pas". Parce que c’est bizarre d’écrire sur [...] passer votre vie à écrire sur des gens qui n’ont jamais existé. Ça n’a pas de sens, dans un sens. » - Mavis Gallant
Pour Mavis Gallant, l’écriture de nouvelles exige une extraordinaire discipline dans l’écriture et dans le propos. C’est la recherche du mot juste et un souci d’économie continuel. « Vous êtes sur la pointe des pieds tout le temps, car on peut pas déguiser. Vous savez ce que Tchekhov a dit : "Si vous dites qu’il y a un revolver, un fusil sur le mur - il faut que cette arme soit prise et tirée avant la fin de la nouvelle." Vous pouvez pas avoir un détail pour le détail ou pour la décoration. »