Jean-Claude Carrière ne se sent jamais seul au musée national des arts asiatiques - Guimet, dont il côtoie régulièrement tous les joyaux. « Je me trouve ici devant des personnages que je connais et qui sont un peu comme ma famille. »
Jean-Claude Carrière jette un coup d’œil à une statue indienne affublée d’un string primitif : « On dit que l’Inde a inventé l’érotisme. Oui, ça, c’est vrai. Les premières sculptures et les premiers éléments d’érotisme, et le kamasoutra, bien entendu, viennent de l’Inde. »
Jean-Claude Carrière renoue avec un « vieil ami », résidant permanent du Musée Guimet.
Dans une rotonde aux chauds accents de bois, coup d’œil sur un pan de culture entreposé au Musée Guimet, institution pour laquelle Jean-Claude Carrière œuvre à titre d’administrateur.
Un aperçu de la collection qui attend les amateurs d’art au Musée national des arts asiatiques - Guimet à Paris. Lors du tournage, Jean-Claude Carrière a guidé Stéphan Bureau au fil des galeries, un tour du propriétaire passionné et passionnant !
Une rencontre constitue, pour Jean-Claude Carrière, un moteur de vie. « À condition que cette rencontre soit ou érotique et amoureuse [...], ou alors qu’elle me permette de pénétrer des habitudes de pensée, la tradition, le passé, la vision du monde ou de quelqu’un d’autre. »
Jean-Claude Carrière semble contempler quelque mystère. « Il [ne] faut surtout pas tomber dans le mystère à boule de gomme de dire que les Indiens savaient tout et que la connaissance est perdue, non, pas du tout. Nous savons exactement ce que les Indiens savaient. Et eux-mêmes le savent, ils sont des historiens tout comme nous. [Il ne] faut pas tomber dans cette idée qu’il y a eu des révélations venues d’extraterrestres. Il y a beaucoup de rêveries là-dessus. »
Jean-Claude Carrière. « Je me méfie beaucoup de ce qu’on appelle l’introspection et l’analyse de soi par soi-même. Je me demande si elle est possible. Je crois qu’elle est illusoire. Et de ce point de vue, je rejoins vraiment la tradition bouddhique qui dit que l’ego est une illusion. [...] »
Plus de quarante ans après ses débuts, le maître met toujours la plume à la page. « Quand j’ai commencé à travailler dans le cinéma [...] à la fin des années 1950, les scénarios que j’ai eus entre les mains étaient des objets techniques illisibles, très épais, où tout était écrit. [...] »
Jean-Claude Carrière. « Le passé, contrairement à ce qu’on pourrait croire, change sans cesse. Il n’y a rien de plus fluctuant, de plus flexible, de plus confus, de plus surprenant que le passé. »
La maison de Jean-Claude Carrière recèle de nombreux objets qui témoignent de sa passion pour l’art indien. Cette statue fait partie de sa collection privée.
Jean-Claude Carrière nous parle de cette maison qui fait le bonheur de sa famille depuis longtemps. « J’ai eu beaucoup de chance de trouver cette maison à l’époque où elle était encore achetable, c’est-à-dire, elle était une ruine ou presque, il y a plus de trente ans déjà. »
Jean-Claude Carrière : « [...] les rapports avec le temps ne sont jamais simples, ils sont toujours à plusieurs niveaux, si j’ose dire. Le seul problème, c’est qu’il est très difficile de revenir en arrière. Par exemple, si je voulais assister à une représentation du Mahâbhârata aujourd’hui, ça me serait très difficile. Je ne peux le faire que par le souvenir. Le seul qui ait vraiment essayé, à un point extrême de génie et de tension, c’est Marcel Proust, qui a essayé de reconstituer le temps avec des mots. »
Qu’est-ce que Jean-Claude peut bien raconter à l’une d’une de ses plus célèbres connaissances... « Le Dalaï-Lama l’a dit lui-même une fois très joliment : "Si à question naïve, je fais une réponse savante, c’est inutile. Si à une question savante, je fais une réponse naïve, c’est ridicule." »
Jean-Claude Carrière dans une des pièces de sa maison qu’il appelle la « librairie ». « Tous les matins, quand j’arrive ici ou en bas dans l’autre endroit que vous avez vu, le paysage est nouveau, différent. La journée qui m’attend ne ressemble en rien à celle qui l’a précédée ou à celle qui viendra demain. »
Jean-Claude Carrière. « J’écris à peu près tous les jours, oui. Même quand je me déplace. [...] »
Dans les couloirs de la FÉMIS, l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son, à Paris. « Moi-même, je crois, dans une équipe de tournage, avoir tenu à peu près tous les rôles, dit Jean-Claude Carrière. J’ai été caméraman, sur le premier long métrage que nous avons fait avec Pierre Étaix, j’ai tenu la perche pendant tout le film. [...] J’ai fait beaucoup de montage et j’en fais encore, j’adore ça. »
Pour Jean-Claude Carrière adapter le Mahâbhârata serait l’œuvre de... trois vies. « J’y travaillais [...] déjà avant de naître, j’y ai travaillé toute ma vie, et je continuerai à y travailler si j’en crois mes amis Indiens [...]. »
Jean-Claude Carrière : « Ce qui est dur dans un musée, c’est qu’il faut que ce soit pédagogique, il fait évidemment apprendre des choses aux visiteurs. Et, d’une certaine façon, conserver une atmosphère sacrée, si possible, puisque tous ces objets - en tout cas, ceux de l’Inde qui sont ici [...] viennent de temples. Donc, ils n’ont pas été conçus au départ pour être dans un musée. Mais ils ont quand même été conçus pour être vus, pour être regardés. Ils avaient quelque chose à dire aux Indiens du passé, ils ont certainement quelque chose à nous dire encore, peut-être pas la même chose. »