Enfilade de fauteuils dans la grande salle où siègent les Académiciens. Le 18 octobre 1973, à l’âge de 48 ans, Jean d’Ormesson devient le plus jeune membre élu à l’Académie française, occupant le 12e fauteuil (celui de son prédécesseur Jules Romains). Il appartient désormais au groupe sélect des « immortels ». Les Académiciens doivent leur surnom d’immortels à la devise « À l’immortalité », qui figure sur le sceau donné à l’Académie par son fondateur, le cardinal de Richelieu.
Allongé au sol dans le bureau de d’Ormesson, Frédéric Raevens, notre photographe de plateau, a croqué cette scène juste avant que le tournage débute.
Les coulisses du tournage montrent l’équipe en pleine effervescence... En effet, Jean d’Ormesson fait preuve de patience pendant qu’on installe un micro et qu’on règle les derniers détails avant de pouvoir crier : « Ça tourne ! ».
Après une journée bien remplie, Jean d’Ormesson fait ses adieux, embrassant Stéphan et chacun des membres de l’équipe. Ce n’est qu’un au revoir...
Assis à sa table de travail, Jean d’Ormesson réfléchit sur son activité d’écriture. Malgré une importante carrière derrière lui, le doute ne cesse de l’assaillir. « Si je n’avais pas de doutes, je n’écrirais pas. J’écris parce que j’ai des doutes. Et j’écris indéfiniment un nouveau livre parce que qu’est-ce qui me pousse ? Mais c’est l’insatisfaction. Si j’étais satisfait, je n’écrirais pas. C’est très dur d’écrire, c’est très dur. »
Jean d’Ormesson possède un porte-clés représentant en miniature un de ses premiers romans, Un amour pour rien (1960).
Avant de commencer l’interview, Jean d’Ormesson et Stéphan Bureau s’arrêtent pour bavarder non loin du bureau de l’écrivain, dans les jardins du Palais Royal de Paris.
Jean d’Ormesson et Stéphan Bureau se promènent dans une allée bordant le Palais Royal.
Jean d’Ormesson pose fièrement derrière la fontaine à boules métalliques de Pol Bury (1922-2005), installée dans la cour d’honneur du Palais Royal en 1985.
À peine arrivé sur les lieux de tournage du Palais Royal, un attaché du cabinet ministériel s’empresse d’offrir une tasse de café à Jean d’Ormesson, précisant à celui qui est accueilli en star : « Vous êtes ici chez vous. »
Tapi dans les jardins du Palais Royal, Frédéric Raevens, notre photographe de plateau, a croqué cette image du bureau de Jean d’Ormesson.
Jean d’Ormesson pointe la façade de son bureau, d’où il écrit la majorité de ses romans. Un portrait pur, dira Frédéric Raevens, notre photographe de plateau, qui voit dans ce geste tout simple à la fois la grandeur et la fragilité de l’écrivain.
Jean d’Ormesson, de dos, montre à Stéphan Bureau la réplique d’un chat de faïence que l’académicien François-René de Chateaubriand (1768-1848) avait reçu de sa compagne des derniers jours, Juliette Récamier.
Homme d’une grande élégance, Jean d’Ormesson ajuste sa cravate avant que le caméraman ne crie « moteur ! ».
Sérieux et concentré, Stéphan Bureau se prépare pour l’interview qui débutera incessamment.
Scène un, prise un ! Stéphan Bureau lance le bal de cette interview qui durera plusieurs heures avec un Jean d’Ormesson généreux et captivant. Du cinéma, il dira : « Vous savez ce que j’aurais aimé être peut-être quand j’étais jeune ? J’aurais beaucoup aimé être acteur. Et n’ayant pas été acteur, je suis romancier. C’est la même chose. Je me glisse dans des vies différentes. Et ces vies différentes, souvent, je me les prête à moi-même. Et Une fête en larmes, ce n’est pas la vie que j’aurais souhaitée avoir plus que celle que j’ai eue, c’est une vie que j’aurais pu avoir. »
Du haut de ses 80 ans, Jean d’Ormesson n’a pas perdu le sourire et revendique le créneau peu fréquenté du bonheur : « J’ai occupé le créneau. Je suis seul. Quelle situation merveilleuse ! Je suis le seul à dire : "La vie est belle, espérons, amusons-nous, soyons heureux." Mais, est-ce que ça me dissimule que le monde est sinistre ? Bien sûr que non. Et c’est ça l’oxymoron, vous savez, la fusion des contraires. »
Sous le regard attentif du chat de Madame Récamier, Jean d’Ormesson semble relire ce qu’il a précédemment écrit. Quand on l’interroge sur son rythme quotidien d’écriture, l’écrivain précise : « Une page, c’est très bien. Cinq heures ou six heures pour une page, c’est très bien. Quelques fois, on en écrit deux. Jamais plus que deux. »
Jean d’Ormesson pointe la réplique du fameux chat de faïence que Madame Récamier (Juliette, de son prénom) avait offert à François-René de Chateaubriand (1768-1848), le maître à penser de l’écrivain. « Il me semble que tout ce que j’ai aimé, je l’ai aimé dans Madame Récamier, et qu’elle était la source cachée de mes affections. » (François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe)
Quatre crayons, en apparence tout simples, mais qui en disent long sur la technique d’écriture de Jean d’Ormesson : « Un roman, c’est quatre crayons comme ça. [...] Après quatre, le roman est fini. Le livre est fini. Et alors, une des rares manies que j’ai, c’est qu’il ne faut pas que je perde ce crayon... » À cela, l’écrivain ajoute : « On demandait à ma fille, quand elle avait six ans : "Qu’est-ce que fait ton papa ?" et elle répondait : "Quand il écrit très vite avec un stylo, c’est qu’il écrit un article. Quand il fait rien - voilà le génie de l’enfant - quand il fait rien avec un crayon, c’est qu’il écrit un livre." »
Depuis son élection à l’Académie française, Jean d’Ormesson appartient au groupe sélect des « immortels ». À ce sujet, Jean l’écrivain n’hésite pas, sourire en coin, à reprendre la célèbre phrase de Cocteau : « Nous sommes immortels pour la durée de notre vie, après, nous nous changeons en fauteuil. »
Heureux du déroulement de l’interview, Stéphan Bureau et Jean d’Ormesson laissent transparaître leur enthousiasme.
Pointant son nez dehors, Jean d’Ormesson surplombe la cour du Palais Royal de la fenêtre de son bureau.
Jean d’Ormesson se balade dans les jardins du Palais Royal, situés à deux pas de son bureau.
Allumé et curieux, Jean d’Ormesson montre à l’équipe de tournage un détail qui aura accroché son regard.
S’offrant à l’oeil curieux de la caméra comme il se livre avec générosité, Jean d’Ormesson se confie à Stéphan Bureau :
« Encore une fois, nous revenons à cette idée que je suis le seul écrivain du bonheur, mais ce seul écrivain du bonheur est un écrivain de la fêlure aussi, vous avez tout à fait raison. Et c’est cette fêlure qu’il s’agit constamment de combler. »
Le photographe a croqué cet instant de complicité entre Stéphan Bureau et Jean d’Ormesson, qui discutaient non loin de la fontaine à boules métalliques créée par Pol Bury.
Stéphan Bureau contemple les colonnes de Buren, une œuvre installée dans la cour d’honneur du Palais Royal, créée en 1986 par Daniel Buren, à la demande de François Mitterrand.
Jean d’Ormesson, à la fenêtre. « Si vous me disiez : "Qu’est-ce que vous préférez ? Avoir deux cents lecteurs vingt ans après votre mort ou cent mille aujourd’hui ?" Je répondrais sûrement : " Deux cents lecteurs dix ans après ma mort ". Mais personne ne peut savoir si ce sera le cas ou pas. Et évidemment, pour un écrivain, le bonheur, c’est de se dire qu’après sa mort, un jeune homme ou une jeune fille trouveront ce livre et liront quelques pages sans s’ennuyer. »
Durant l’interview qui se déroule dans le salon de l’Institut de France, Jean d’Ormesson lit un extrait d’Au plaisir de Dieu paru chez Gallimard en 1977.
Jean d’Ormesson réfléchit au « lien bouleversant et très fort... » qui l’unit à ses lecteurs : « Vous avez vu quand nous étions dans le jardin, quelques personnes m’ont parlé et une m’a dit : "Est-ce que je peux vous envoyer un manuscrit ?" [...] il y a trois ans, six ans, j’aurais dit : "Bien sûr, envoyez-le-moi". Maintenant, je ne peux plus parce que j’en reçois trois ou quatre par jour. Et je reçois en ce moment une centaine de lettres par jour. C’est un problème parce que j’ai du mal à répondre. »
Jean d’Ormesson, accoté sur sa voiture dans le stationnement de l’Institut de France. Se souvenant de ses années de jeunesse, il se confie. « J’ai beaucoup aimé les voitures quand j’étais jeune, j’ai beaucoup aimé les chemises et les voitures italiennes, et les chaussures italiennes. »
Bras dessus, bras dessous, Stéphan Bureau et Jean d’Ormesson se promènent dans les rues de Paris.
Jean d’Ormesson, en compagnie de l’équipe de tournage, au restaurant La Cafetière que certains Académiciens aiment fréquenter entre deux séances de travail. D’ailleurs, l’ambiance était si agréable que d’Ormesson a séché le début de la séance pour poursuivre ce repas entre amis.
Entre deux segments d’interview, Jean d’Ormesson et Stéphan Bureau discutent à bâtons rompus.
Tels de bons vieux amis, Stéphan Bureau et Jean d’Ormesson se baladent dans l’allée bordant le Palais Royal.
Penché par-dessus l’épaule d’Aurore, notre maquilleuse, Jean d’Ormesson partage ses souvenirs et montre les photographies de lui prises durant son enfance.
Jean d’Ormesson lorsqu’il était enfant.
Lors de notre passage, Jean d’Ormesson devait siéger à une séance de travail de la Commission du dictionnaire, chargée de recommander et désigner les mots qui figureront dans la 9e édition du Dictionnaire, en cours de publication, et dont les deux premiers tomes ont été publiés (respectivement en 1992, puis en 2000). Parlant du travail d’acceptation des nouveaux mots, l’écrivain nous confiait : « Je ne suis pas intégriste. [...] Je suis presque... presque laxiste. En tout cas, très ouvert. »
Prise en contre-plongée, la coupole de l’Académie française se dresse dans le ciel gris de Paris.
Jean d’Ormesson se livre aux bons soins de notre maquilleuse, Aurore Chauchat.
Entouré des fastes tapisseries de l’Académie française, Jean d’Ormesson semble se recueillir avant que ne débute un autre segment de l’interview.
À l’invitation de Jean d’Ormesson, l’équipe de tournage a pu pénétrer dans la grande salle où siègent les membres de l’Académie française. Cette institution, l’une des plus anciennes de France, a été fondée en 1635, sous le règne du roi Louis XIII, par le cardinal Richelieu. Elle se compose de quarante membres élus par leurs pairs. Depuis sa fondation, l’Académie française a reçu en son sein plus de 700 membres.
Ironisant à propos de la résistance des membres de l’Académie à voir une femme joindre ses rangs, d’Ormesson se rappelle sa phrase prononcée au moment de l’entrée de Marguerite Yourcenar : « Messieurs, je vais prononcer un mot, j’espère que la coupole ne va pas me tomber sur la tête, je vais prononcer un mot inouï dans cette assemblée : "Madame". Voilà. »
Stéphan Bureau et Jean d’Ormesson discutent sous les dorures fastueuses de la coupole centrale de l’Académie française.
Le sous-main de Jean d’Ormesson à l’Académie française.