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Morceaux choisis

À propos de la création

 

« Moi, je suis dans l’autobiographie, donc, je raconte, il y a une narration. Après, il faut faire de telle sorte qu’on fasse sauter la partie “auto” de l’autobiographie pour faire vraiment une biographie. »

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« Quand on me donne des prix littéraires, je les accepte et on me demande pourquoi. Mais je dis : “parce qu’il y aurait de l’affectation à les refuser”. Je ne fais rien pour avoir des prix littéraires et quand on me les offre, je ne fais rien pour ne pas les avoir, ne pas les mériter, ou les refuser, je les prends, puis j’oublie parce que ce n’est pas important. Ce n’est pas ça qui fait la qualité de mon travail. »

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« L’objet abouti, c’est la vie et l’œuvre confondues, c’est une existence dont on peut dire : “elle est raccord avec l’œuvre“. Il a écrit des choses, il a vécu des choses, et c’était les mêmes choses. »

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« Et c’est comme ça un flux continu et un jet continu, donc, il y a des lectures, il y a des choses que j’écoute, que j’entends, il y a des choses que je fais, puis, il y a des choses que je lis, il y a des choses que je mets en forme, il y a des choses qui deviennent un cours, etc. Mais tout ça, c’est une espèce de logique semblable, tout le temps, en permanence. »

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« La méthode, il n’y a pas des plages de travail et des plages qui ne seraient pas de travail, c’est toujours. J’ai toujours plusieurs chantiers en même temps. »

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« Je suis très fétichiste parce que, finalement, c’est toujours le même cahier avec les typographies semblables. Ça, par exemple, je trouve ça en Suisse, il n’y en a plus, la boîte a fait faillite. C’est problématique parce que je ne peux pas écrire sur autre chose que ça pour ce chantier. »

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« Il y a un rituel qui me sécurise, probablement comme tous les rituels, et c’est ça. C’est-à-dire petits carreaux, plume et encre violette et la lecture du texte sur la droite, et à gauche, des petites choses qui me permettent de retrouver très vite ce que j’ai envie de retrouver. »

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« C’est sécurisant le rituel, mais il y a probablement quelque chose qui procède de la maniaquerie. »

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« Donc, cahier Claire Fontaine, grand format, page de droite, rien à gauche, pas de ratures, jamais, jamais, jamais, donc, le flux comme ça et le jet continu. »

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« [L’écriture n’est pas douloureuse]. Sinon, j’arrêterais d’écrire, je jouerais à la pétanque, je serais pêcheur. »

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« À tous ces auteurs qui mettent 20 ans à faire un livre, qui l’ont réécrit 52 fois et qui, en même temps, sont encore sur le marbre à retravailler juste avant la production, dans la douleur, et qui ont perdu 200 kilos, je dis : “il faut arrêter, ce n’est pas une obligation d’écrire des livres”. »

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« J’ai envie de faire une œuvre, une œuvre qui soit effectivement une espèce de cohérence entre les livres et puis les choses vécues. La biographie, pour moi, fait partie de la philosophie. La vie philosophique, c’est la preuve de la philosophie. »

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« J’essaie de vivre la philosophie que j’enseigne et d’enseigner la philosophie que je vis, et la théorie nourrit la pratique. »

 

À propos de la vie et de la mort

 

« Il n’y a qu’un corps, qu’une chair, et elle est diversement modifiée. Une partie du corps peut s’appeler le cerveau, on pense à l’âme si on veut, une partie va s’appeler l’estomac, ce n’est pas la même fonction, mais on a besoin de l’un et de l’autre. »

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« L’idée du corps ou le concept du corps, c’est la réalité du corps et la réalité de la chair. »

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« [Face à la mort], j’espère que je ne serai pas paniqué, effrayé, sanglotant, disant : “je ne veux pas mourir”. C’est de la construction de soi à laquelle j’aspire. Elle suppose que, devant la douleur, devant la souffrance, on soit digne, on soit droit, on soit calme, on soit serein. [...] Pas de panique, parce que, de toute façon, ça ne changera rien. Il y a ça sur quoi on a du pouvoir, et ce sur quoi on n’a pas de pouvoir. Ce sur quoi on n’a pas de pouvoir, ça ne sert à rien de se rebeller. Donc si tu dois mourir, tu dois mourir, et il faut mourir correctement, avoir l’élégance de mourir sans gêne, sans pleurer. Et je ne sais pas si je mourrai proprement à mes yeux, c’est-à-dire dignement, disons-le comme ça. »

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« C’est un moment important de la vie, la mort, donc, tâchons de vivre ça bien, vivons ça en philosophe, tâchons d’avoir une mort philosophique. »

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« Une mort vive, rapide, ça me plaisait plutôt bien. C’est bien de ne pas se voir trop longtemps mourir. Moins longtemps ça dure, mieux c’est, parce que plus on peut être à la hauteur. Si ça dure longtemps, effectivement, on a des occasions de lâcher, de ne pas être à la hauteur, de s’effondrer, de ne pas être bien, quoi. »

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« Mener une vie épicurienne, c’est facile. Je peux vous expliquer en deux temps trois mouvements comment ça marche. »

 

À propos du sacré

 

« Si j’avais eu la foi, j’aurais très bien pu être moine, probablement pas prêtre. Mais moine, oui, je pense que cette espèce d’incandescence, l’idée qu’on puisse vivre pour ses idées et mourir pour ses idées, et que la vie quotidienne soit une vie philosophique, ça, ça m’intéresse. »

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« Les religions qui nous invitent à supporter la douleur, la souffrance et la misère sur terre sous prétexte que ça nous ouvre le ciel et qui, en même temps, sont complices des exploitations que le capitalisme génère. Enfin, toutes ces choses-là, j’ai vu très vite et très tôt que ça ne pouvait pas marcher, du moins, que je ne pouvais pas y adhérer, y consentir. »

 

À propos de l’identité

 

« Où est la causalité ? Est-ce que c’est parce que j’ai ce corps fragile que je suis pressé ou est-ce que c’est parce que je suis pressé que j’ai ce corps fragile ? »

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« Il y a une urgence chez moi à densifier l’instant parce que je pense qu’il n’y a qu’une vie, il n’y en aura pas deux. »

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« Il y a une philosophie qui, moi, m’intéresse et qui est la philosophie existentielle. »

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« On ne peut pas imaginer que je dis ce que je dis de l’argent et puis avoir un compte en Suisse. Si on découvrait que j’ai un compte en Suisse, j’autorise qu’on brûle la totalité de mes livres et qu’on dise : "ce type-là n’est pas crédible". »

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« Le fait de dire : “je pars huit jours, je ne fais rien, je n’ouvre pas un livre”, ça ne m’est jamais arrivé, je crois. [...] Soit je travaille tout le temps, soit je suis toujours en vacances, mais les deux choses sont justes. C’est-à-dire que je fais un travail qui n’est pas un travail, c’est un vrai bonheur. »

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« Être de gauche, ça ne procède pas de la raison et du raisonnable, être de droite non plus. Je pense qu’on le sent bien. »

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« Onfray, c’est normand, enfin, c’est d’origine scandinave. Ça veut dire : "donner la paix". »

 

À propos de l’amour

 

« Pas besoin de dire à l’ami qu’on aime d’amitié, ou à la femme qu’on aime d’amour, que sur ce sujet-là il est insupportable, ou qu’on ne l’aime pas du tout quand il fait ceci, sauf si c’est nécessaire, bien sûr, mais il n’y a pas une obligation à tout dire ou à tout raconter. »

 

À propos de la société

 

« Par définition, si on dit des choses, c’est pour en cacher d’autres ou pour en taire d’autres ou pour ne pas en montrer d’autres qui exposeraient trop des gens qui n’ont pas choisi d’être exposés ou mérités d’être exposés. »

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« La politesse, ce n’est pas le degré zéro de l’éthique, c’est le premier degré de l’éthique. Et c’est une façon de dire à l’autre : “j’ai vu que tu étais là, j’ai vu que tu existes”. C’est : “pardon, s’il vous plaît, merci”, toutes ces micro-choses qui sont l’occasion de mettre de l’éthique là où a priori il n’y en a pas. »

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« On a des espèces de postures qui montrent qu’on est dominants, puis on a des postures qui montrent qu’on est dominés, et ça passe chez les animaux par des sacs rouges qu’on gonfle, par des jets de substances, par ce genre de choses. [...] Chez les hommes, ça prend la forme d’une carte bleue, d’une belle voiture, d’un coupé décapotable, ça prend la forme d’un bouquet de fleurs, ça prend la forme d’un parfum, ça prend la forme d’un habit bien taillé. »

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« La vieille conception de la famille, la vieille conception de la monogamie qui suppose un homme, une femme, mariés, fidèles, monogames, habitant sous le même toit, faisant des enfants et ce, pour la vie, c’est un modèle qui ne marche pas. Tout le monde trompe tout le monde. Tout le monde couche avec tout le monde. Chacun trompe quiconque dès qu’il en a la possibilité, dès qu’on l’assure de l’impunité de son adultère. »

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« Nous sommes des êtres de désir avec des envies, des pulsions, et soit on s’interdit de vivre ces désirs-là, soit on vit, mais en cachette, en se dissimulant, toutes ces choses-là. Donc, je dis : “la famille, redéfinissons-là autrement”. Moi, je suis hétérosexuel, je ne suis pas homosexuel du tout, simplement, je pense que les homosexuels montrent comment on peut refaire une famille, comment un couple d’homosexuels peut repenser différemment la famille, pas besoin d’un homme et d’une femme, ça peut être deux hommes, ça peut être deux femmes, mais pas besoin d’être deux, ça peut être trois, ça peut être deux femmes qui sont lesbiennes et qui, en même temps, ont un compagnon qui aura donné la semence qui permettra un enfant et qui va générer une cellule nouvelle. »

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« Je ne crois pas, moi, qu’on puisse ne pas être jaloux. [Il faut se mettre] dans la position de ne jamais avoir à l’être, jaloux, c’est-à-dire pour le dire concrètement : “n’allez pas chercher dans le portable de la femme que vous aimez les textos qu’elle a envoyés, ne regardez pas dans son sac, n’allez pas au-devant des ennuis, des difficultés”. Donc, ne vous mettez pas dans la peau d’avoir à souffrir, et vous n’aurez pas à souffrir. »

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« Je pense que nous sommes inégaux devant les déterminismes et la liberté. »

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« Plus question aujourd’hui qu’on ait des espèces de fascistes casqués, armés, bottés, avec des militaires dans la rue, avec des chars qui prennent le pouvoir, avec des coups d’état du type Malaparte. C’est fini, ce fascisme-là, il n’existe plus. »

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« La morale que nous pratiquons, même la morale laïque et surtout la morale laïque ou laïcisée, est une morale chrétienne. »

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« Il y a encore aujourd’hui cette idée que la sexualité, elle est bonne quand elle est dans une logique qui est le couple, la fidélité, la monogamie, avec quelques espaces de liberté possibles ou pensables, mais avec un formatage qui suppose qu’on doit viser un genre de mariage et un genre de procréation. »

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« L’espèce d’onction du suffrage universel donne l’impression que notre président de la République, en France, est un peu un monarque, est un peu une espèce de roi qui serait oint des huiles saintes du peuple. On est dans une logique de lecture sacrée du pouvoir. »

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« Je pense que, quand vous avez Internet et la télévision, qui sont des robinets d’informations toutes plus ou moins fausses, toutes plus ou moins vraies, de fait, ça devient tout et n’importe quoi. Donc, il n’y a plus de vérité, il n’y a plus de légitimité. [...] Chacun ne s’autorise que de lui-même et ça devient un peu problématique. Cette abondance d’informations tue l’information, cette abondance de propositions qui sont faites, de propos qui sont donnés, de pages sur Internet, ou ce genre de choses tue la possibilité d’une phrase juste ou d’une page claire ou d’une information véritable. »

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« Quand les civilisations surgissent, elles surgissent toujours dans la violence, donc, assez probablement, quand la nôtre s’effondrera, et elle s’effondre avec l’illettrisme généralisé, avec le triomphe de la fiction sur la vérité ou sur la réalité, avec la possibilité pour un discours de mensonge d’avoir une même épaisseur qu’un discours de vérité, avec le règne de l’argent, avec l’incapacité à la construction de soi, enfin, avec toutes ces choses. [...] Tout ça s’effondre sur soi- même, il n’y a plus de solutions de rechange. »

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« Je pense que les religions sont des occasions de cristalliser des énergies qui sont aveugles. »

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« Le combat libertaire aussi, il est romantique et désespéré, parce que le marché triomphe, de toute façon, parce que l’imbécillité triomphe, parce que l’irrationnel triomphe, parce que le déraisonnable triomphe. »

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« Il y a une histoire politique et sociologique de la cuisine. »

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« Remarquez quand même que le péché de gourmandise existe toujours. C’est-à-dire que si vous mangez et que vous ne savez pas ce que vous mangez, c’est très bien. Si vous commencez à savoir ce que vous mangez et vous commencez à parler de ce que vous mangez, vous êtes dans la gourmandise. La gourmandise, ce n’est pas manger trop, c’est prendre du plaisir à manger. Alors qu’il n’y a aucune raison de s’interdire le plaisir de manger, de boire, de converser, d’écouter de la musique, de voyager. »

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« Cette jouissance de la bouche, c’est un peu la jouissance du sexe et on n’a pas très envie d’installer les gens sur cette voie-là parce qu’ils pourraient bien trouver du plaisir à ça, et ça deviendrait problématique pour les donneurs de leçons et les vendeurs de morale. »

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« La cohérence, c’est la démocratie, c’est la République, c’est refaire de la chose publique en disant : "Retrouvons-nous, reparlons-nous, reparlez-vous, refaites du lien social”, et la cuisine peut être l’occasion. Si ce n’est pas la cuisine, ça peut être la philosophie. Si ce n’est pas la philosophie, ça peut être l’art. »