« Il y a beaucoup de choses que j’oublie. Si je ne tenais pas un journal, il y a des choses que j’oublierais complètement. »
« À partir du moment où vous donnez un autre nom au "je", c’est une fiction. »
« Je ne suis pas un professeur [...] et je ne je peux pas analyser ce que je fais, moi. Je peux être critique. J’ai écrit beaucoup de critiques de livres qu’on me demandait de faire, mais sur moi-même, je ne peux pas. »
« Quand j’étais adolescente, je commençais des romans et des longs poèmes. Tout était en longueur, oui. Mais, ça, vous perdez ça avec l’adolescence. »
« Une nouvelle, avant qu’elle soit rassemblée et qu’elle fasse, pas plusieurs parties, mais une seule, un organisme presque, [...] ça ressemble à des bouts de films qui n’ont pas encore été joints. »
« Le début vient très rapidement. Et à n’importe quel moment. Vous pouvez être en train de vous brosser les dents et cette idée viendrait avec les personnages, avec tout. Vous laissez tomber tout, car si vous n’écrivez pas tout de suite ce qui vous est passé dans la tête, vous le perdez. C’est comme un rêve, vous savez, comme on oublie si on n’écrivait pas tout de suite, oui. »
« La littérature, c’est les personnages. Ça commence avec ça, ça ne commence pas avec un coucher de soleil. Il faut éviter. Si vous trouvez ça au début, ne lisez pas. »
« Vous savez tout sur [les personnages], c’est ça qui est extraordinaire, vous savez d’où ils sortent, d’où ils viennent, quelle est leur attitude sur tout : l’amour, le sexe, la religion, les parents [...]. Et le choix d’un nom s’impose même. Et parfois, je dois le changer parce que je connais quelqu’un avec ce nom et ça vous amène toutes sortes de problèmes d’avoir des noms similaires. »
« On n’invente rien, ça vous arrive comme un rêve vous arrive. »
« Toute phrase, toute parole révèlent l’origine de celui qui parle, comme vous savez, dans toutes les langues. Et donc, il faut faire très attention. J’ai souvent des nouvelles où tous les personnages sont français, joliment parisiens. Et je dois faire très, très, très attention parce que la façon dont on parle en français et en anglais est complètement différente. On ne parle pas des mêmes choses d’abord, on ne parle pas de la même façon, on n’a pas les mêmes points de vue et certainement la même syntaxe. Alors, je dois faire que c’est lisible pour quelqu’un qui va lire l’anglais, qui est anglophone, que c’est lisible et pas comme quelque chose de caricatural. »
« Il faut séparer l’artiste de son art. [...] Vous savez, on regarderait rien dans un musée si on savait tout sur tous les peintres [...]. Et maintenant, nous vivons dans un âge extrêmement [...] d’un côté ouvert, mais d’un autre côté, puritain, et sur la personne, sur sa vie, ce qu’il fait, et on écrit beaucoup plus de biographies d’écrivains, d’artistes qui sont écrites dans le but d’abaisser. Et c’est pour rassurer un certain public. Je dis pas tout public, mais un certain public. On leur dit : "Soyez contents que vous avez une vie médiocre, petite et insignifiante, parce que regardez les grands, hein." »
« Une fois que vous avez commencé à écrire quelque chose, il faut pas en parler quand c’est à mi-chemin, parce que l’intérêt se fane. »
« Quand vous écrivez quelque chose, vous avez des images en tête, mais vous ne pouvez pas transmettre cette image et les lieux ; d’autres écrivains vous diront la même chose, vous avez une tendance à situer des choses dans les maisons que vous avez occupées comme enfant. »
« Vous pouvez exprimer ce que vous voulez exprimer, mais pas les lieux. Vous ne pouvez pas faire voir ce qu’il y a dans votre tête, ce n’est pas encore filmé, c’est pas encore un film. »
« J’ai toujours cru que j’allais mourir jeune. Et c’est pour ça que je n’ai jamais mis de côté quoi que ce soit. »
« Peut-être parce que mon père est mort jeune. C’est possible. Enfin, là, j’invente une raison. Mais, j’étais persuadée que j’allais mourir jeune et c’est pour ça que je voulais m’établir à 30 ans comme écrivain. »
« J’ai dit à un plombier qui était venu chez moi récemment : ‘’ Si je reviens après la mort, je veux être plombier parce que je trouve que [...] c’est très bien, il y a toujours du travail ». [...] Il a dit : ‘’ Vous croyez dans [...] la réincarnation ?’’ Et j’ai pensé : ‘’ Il faut faire très attention, je sais pas ce qu’il croit, vous savez. ‘’. Et puis j’ai dit : ‘’ Je crois pas et je vais vous dire pourquoi, parce que personne m’a jamais dit qu’il était avant un pauvre type qui était dans la rue. Il va vous dire toujours qu’il était le pharaon ou que son père l’était ou quelque chose comme cela. Alors, ça, ça me fait douter. [...] Il a réfléchi, puis il a dit : ‘’ Est-ce que vous croyez dans la vie après la mort ?’’ Et ça, c’est plus délicat. Et puis c’est difficile aussi parce qu’à mon âge, j’ai perdu tout le monde pratiquement qui était proche et je sais qu’il n’y a que le silence et personne vient se manifester à vous pour vous aider ou rien, enfin, quelqu’un qui vous a aimé pourrait dire : ‘’ Non, ne prends pas ça ou signe pas ce bail ‘’ ou, vous savez, des choses très utiles. Mais, il n’y a rien, il y a ce silence. »
« J’ai commencé à publier en 1950. Je croyais que j’avais le désir d’écrire plus que tout, mais que je n’avais pas la capacité, et rien ne me plaisait de ce que je faisais. »
« Si on vous ment sur des choses aussi essentielles que la vie et la mort, surtout des proches, vous gardez une trace.
« On m’a souvent reproché - mais gentiment enfin - que je questionne les gens comme une journaliste. ‘’ Avez-vous des frères et soeurs ?’’ Je le fais inconsciemment. »
« Si j’avais analysé ce que j’ai écrit, je serais une pauvre chose, il ne me resterait plus rien. »
« Quand je vais chez le dentiste, il me fait mal, je me [récite] de la poésie que j’ai apprise comme enfant à l’école. Ça vous fixe les idées. »
« J’imagine à chaque fois que j’ai toute la nouvelle, là, dans ma tête, soudainement. Alors, vous allez l’écrire, et la première chose, vous passez très longtemps au début. Vous décrivez, ça se gonfle. »
« On m’a souvent demandé en France : ‘’ Mais pourquoi vous avez pas cherché à devenir française ?’’ On peut pas devenir quelque chose. [...] Je ne pourrais pas plus devenir française que je pouvais devenir un écureuil dans un arbre. [...] Je suis canadienne, je suis née canadienne et j’ai appris à lire et à écrire [au Canada]. »
« Quand je suis ici en Europe, je suis canadienne. [...] Je veux pas un deuxième passeport, ni américain que j’aurais pu avoir car j’avais passé cinq ans de mon adolescence en Amérique. [...] Je pourrais avoir un passeport britannique parce que j’ai eu les grands-parents qu’il fallait. Je pourrais probablement demander un passeport français étant donné le nombre d’années que je suis ici, mais je serais une fausse Française, une fausse Américaine et surtout une fausse Britannique. »
« C’était la génération après la guerre qui m’intéressait en Allemagne. [...] Mais, je les connaissais peu, je connaissais ceux qui avaient été réfugiés, qui étaient des intellectuels, mais ce n’est pas sur eux que je voulais écrire. Je cherchais les racines de la guerre dans la population. Et je soupçonnais que ça pouvait être la petite bourgeoisie. Et je crois que j’avais raison. Mais il ne faut jamais dire : ‘’ Je crois que j’avais raison ‘’ sur une question aussi politique que sociale. »
« Il y a très peu de personnes qui ont connu [...] la Seconde Guerre mondiale dans leur jeunesse et qui peuvent en parler. Je peux témoigner sur comment était le Canada, j’ai des souvenirs très, très précis sur cela. »
« Parfois, ça marche mal, et vous vous dites :" Ça vaut rien, je suis en train de rater ma vie, écrire sur des gens qui n’existent pas." Parce que c’est bizarre de [...] passer votre vie à écrire sur des gens qui n’ont jamais existé. Ça n’a pas de sens, dans un sens. »