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La jeunesse

Par André Royer

Il est important de s’attarder aux jeunes années du créateur colombien puisque Fernando Botero affirmera que tout son univers artistique, unique et si particulier, a pour origine ses souvenirs d’enfance et de jeunesse. Botero est né à Medellín, en Colombie, le 19 avril 1932. Ses parents, David Botero et Flora Angula, ont eu trois garçons et Fernando est le second de cette famille. La ville de Medellín, aujourd’hui tristement célèbre pour ses narcotrafiquants, est située dans la chaîne montagneuse des Andes et était, à cette époque, coupée du reste du pays à cause du piètre réseau routier. Toutefois, cet isolement eut l’avantage de préserver le cachet de la ville et la beauté des nombreuses églises et couvents de style baroque, héritage du régime colonial espagnol. Le jeune Botero est donc imprégné dès son plus jeune âge d’images baroques qui étaient visibles autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des ces édifices religieux. Autre influence importante : les tableaux et les sculptures qu’il put observer un peu plus tard dans les musées colombiens, et qui étaient l’œuvre d’artistes du pays se situant dans la lignée de l’art colonial et de l’art précolombien. Cet art précolombien inspirera, tout au long de sa vie, une véritable passion au peintre.

Mais la ville de Medellín n’était pas qu’une ville au riche patrimoine religieux. Elle était aussi reconnue pour ses bars et ses bordels. Botero et ses amis fréquenteront ces endroits de plaisir, et les souvenirs qu’il en garde serviront de base à de nombreuses toiles qu’il peindra des années plus tard. Bref, l’ambiance de sa ville d’enfance a profondément marqué le peintre, et ces souvenirs seront des références constantes.

La mère de Botero était particulièrement douée et créative pour la fabrication d’objets artisanaux. Quant à lui, son père était agent de commerce et il gagnait sa vie en parcourant la région de Medellín à dos de cheval. Curieusement, cet homme était fasciné par l’histoire de la royauté française et par la Révolution française qui mit brutalement fin à l’Ancien Régime. La bibliothèque familiale était remplie de livres sur le sujet, livres que le jeune Fernando feuillette régulièrement. Encore une fois, il emmagasine ces images de la royauté afin de mieux les rendre sur des toiles plus tard dans sa vie.

Fernando Botero n’est âgé que de quatre ans lorsque son père meurt prématurément. C’est un de ses oncles, prénommé Joaquin, qui aide sa mère à élever les trois enfants. En 1944, cet oncle, passionné par les corridas, inscrit Fernando dans une école de tauromachie de Medellín. Le peintre colombien reviendra sur cet épisode de sa jeunesse lors du documentaire Botero quatre saisons (France 3, 23 novembre 1992), en précisant qu’il existait bien peu d’options pour se sortir de la pauvreté en Colombie. Les jeunes pouvaient devenir boxeur, footballeur ou encore matador. Son oncle a choisi pour lui cette dangereuse profession. Cependant, le jeune Botero a peur des redoutables taureaux et il ne parviendra jamais à surmonter cette crainte. Les face-à-face avec les taureaux cesseront donc assez rapidement. Mais Fernando Botero est (et demeure) fasciné par l’univers de la tauromachie, et il commence très jeune à dessiner des toréadors et des taureaux. Il conservera cette fascination toute sa vie et peindra plusieurs tableaux magnifiques ayant pour thèmes les corridas, particulièrement au cours des années 1980.

« I have dared to paint the bullfight because I know the subject very well. You cannot paint something if there is no relation between the subject matter and your soul. This gives one a certain moral authority. This theme surges from my heart, my life. » [1]

Bien vite, sa passion pour le dessin et la peinture s’épanouit. Il élargit rapidement ses champs d’intérêt, se met à dessiner des paysages et des natures mortes, tout en étudiant à l’Antioquia Ateneo, au collège jésuite Bolivar, ainsi qu’au collège San Jose. La passion de la peinture est telle que Botero se dit prêt à tout abandonner pour devenir peintre, même si cela représente une garantie de pauvreté. L’avenir allait lui réserver des surprises !

En 1948, à peine âgé de 16 ans, ses dessins se retrouvent une fois par semaine dans les pages du magazine littéraire El Colombiano. Deux de ses aquarelles sont également sélectionnées pour une exposition regroupant les œuvres de plusieurs artistes. À cette époque, le jeune Botero est influencé par l’art précolombien, mais aussi, et surtout, par le travail des muralistes mexicains, dont les plus connus sont Diego Rivera (1886-1957), José Clemente Orozco (1883-1949), et David Alfaro Sigueiros (1896-1974). Ces artistes, issus de la Révolution mexicaine de 1910, avaient réussi à combiner l’art et la culture traditionnelle indienne avec la modernité du XXe siècle.

« Une personnalité comme celle de Rivera était pour moi capitale. Il nous a montré, à nous, jeunes peintres d’Amérique centrale, la possibilité de créer un art, libre de toute colonisation européenne. Le caractère métis m’attirait, le mélange de la culture indienne et espagnole. » [2]

Botero ne connaît pas encore très bien les peintres européens. Ses cours en histoire de l’art lui font alors découvrir le géant qu’est Pablo Picasso. C’est une révélation. L’année suivante, en 1949, Botero ne se contente pas de produire des illustrations pour le journal El Colombiano. Il écrit aussi des articles sur l’art contemporain européen, dont un intitulé Picasso et la non-conformité en art, qui s’intéressait particulièrement à la légendaire toile Guernica et à quelques nus. L’art européen d’avant-garde ne trouvant pas grâce aux yeux des jésuites, Botero est expulsé de son collège.

Chassé de ce collège de Medellín, Botero terminera ses études dans la ville voisine de Marinilla, puis à la Liceo de la Universidad de Antioquia. À la fin de ses études, il travaillera pendant quelques mois en tant que décorateur pour une troupe théâtrale.

En 1951, Fernando Botero s’installe à Bogotá, la capitale de son pays. Il fréquente alors des artistes et des poètes. Il se passionne pour la littérature de Pablo Neruda (1904-1973) et de Federico Garcia Lorca (1898-1936), et s’initie au courant littéraire du réalisme magique. Inspiré par le Picasso de la période bleue ainsi que par Paul Gauguin, Botero présente avec succès, en juin de cette année 1951, des dessins, aquarelles, gouaches, ainsi que des tableaux à l’huile à la galerie Leo Matiz, située dans la grande ville colombienne. Ce premier succès, bientôt doublé par un prix au Salon des artistes colombiens, lui vaudra l’estime de ses pairs ainsi qu’un peu d’argent. Botero décide alors de se diriger vers l’Europe.

Notes:

[1] Botero in the Museo Nacional de Colombia, 2004, p. 111

[2] Fernando Botero, 2003, p. 22



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