Prudence et méthode l’exigent : ne nous égarons pas, même avec les sujets les plus vastes.
Et pourtant si ! Avec Jean-Claude Carrière pour compagnon, comment, en effet, ne pas vouloir emprunter tous les sentiers qui surgissent au détour du chemin, dès lors qu’ils sont attirants ? Un simple coup d’œil sur l’effarante liste de ses oeuvres suffit à nous convaincre que l’écrivain ne s’est pas privé, dans sa vie professionnelle, d’aller où bon lui semble, sans jamais cependant s’accorder une minute de répit - mais tant de plaisir, à apprendre, à écrire, à connaître des gens, est-ce encore du travail ? est-on en droit de se demander. « Mon ami Jean-Claude Carrière, écrit le metteur en scène Peter Brook dans Le Nouvel Observateur, en 2001, est un homme en perpétuel mouvement. Il cherche à saisir un monde au-delà de ses propres limites, il aborde la matière de la connaissance avec une soif intarissable. »
Avec le plaisir, la curiosité serait-elle l’un des moteurs de cet esprit infatigable ? Il semble que oui. À ces caractéristiques, il faut ajouter un goût du travail, hérité d’une enfance paysanne, pour que s’éclaire un peu la démarche créatrice de cet homme multidisciplinaire. « La paresse est un défaut terrible, déclare Carrière au magazine La Vie, en 1999. Je l’assimile à la routine. Pire que la colère ou la gourmandise, aussi dangereuse que l’orgueil. » Voilà pourquoi, aux dernières nouvelles, et sauf oubli de notre part, ce formidable « besogneur » âgé de 73 ans est l’auteur de la bagatelle de 81 scénarios de films, de 46 livres, de 19 adaptations ou créations théâtrales, de 21 téléfilms (adaptation ou œuvre originale), sans oublier les textes des chansons écrites pour Juliette Gréco, quelques livrets d’opéra, pour ne rien dire de toutes ces participations plus ou moins marquées à des productions qui n’en font toujours pas état au générique !
Pour autant, on aurait tort de ramener cette œuvre à une affaire d’arithmétique. Ce n’est pas seulement le nombre qui est en cause ici, mais la qualité des interlocuteurs de Jean-Claude Carrière qui force l’admiration. Qu’on en juge un peu : six films avec le cinéaste Luis Buñuel, dix créations théâtrales avec Peter Brook ; des collaborations avec Volker Schlöndorff, Milos Forman, Patrice Chéreau, pour ne nommer que ces noms ; sans oublier le compagnonnage des débuts avec l’auteur, réalisateur, comédien comique et assistant de Jacques Tati, Pierre Étaix, lequel a autant compté pour Carrière que les Peter Brook et Luis Buñuel. De la collaboration suivie entre Carrière et Étaix, dans les années soixante, huit films comiques sont nés, qui devaient marquer les débuts de Jean-Claude Carrière au cinéma, comme nous le verrons bientôt.
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