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Les années de formation

Par André Royer

Nous sommes au début des années 1980. Dans le domaine des arts, cette période est caractérisée par une approche multidisciplinaire. Il est de bon ton de toucher à toutes les disciplines artistiques et d’expérimenter. François Girard baigne dans ce climat, dans cette culture effervescente.

En 1983, il s’inscrit au réputé programme de communication de l’Université du Québec à Montréal. Il ne complète pas son cours, mais cela lui permet néanmoins de rencontrer la cinéaste montréalaise Léa Pool, qui enseignait alors dans cette institution. Une amitié vient de naître. Il est accepté comme stagiaire à la caméra pour le film La femme de l’hôtel, le tout premier long métrage de Léa Pool. Il devient également assistant à la production. L’engrenage est enclenché, et ne s’arrêtera plus. Car la musique n’est plus la seule passion de Girard. Il aime beaucoup le cinéma. Ses modèles figurent parmi les grands du septième art : Welles, Fellini, Tarkovski, Hitchcock, Fassbinder, Polanski, Antonioni et le maître de l’animation, Norman McLaren.

Girard se déniche un boulot chez PRIM Vidéo, un centre de production de vidéo et un réseau d’artistes multidisciplinaires. Des artistes tels qu’Édouard Lock, Marie Chouinard, ou le performeur Michel Lemieux passent par ce carrefour artistique. Girard aurait travaillé comme monteur à cet endroit, ce qui lui aurait permis d’établir rapidement les liens potentiels entre sa passion musicale et son travail de montage.

Un jour, Girard retrouve un de ses copains de Québec, Bruno Jobin, qui produisait alors des spectacles de musique. Un soir où les deux amis font la fête, ils décident de fonder une compagnie de production. Promesse d’ivrognes ? Pas du tout ! Nous sommes en 1984, et les amis Jobin, Girard, ainsi que Nicole Boutin fondent effectivement Zone Productions, puis installent le bureau dans le salon de François Girard.

Pendant cinq ans, Girard travaille sans relâche et avec très peu de moyens. Il réalise plusieurs courts métrages, des vidéoclips, des films d’art et des installations pour les Cent jours d’art contemporain.

Ses œuvres de l’époque sont diversifiées : Das Brunch (1983), Distance (1984), Human Scope (1984), Le train (1985), Monsieur Léon (1986), Tango, tango (1986), Montréal danse (1988), Mourir (1988), Suspect No. 1 (1988), CCA (1989), Vie et mort de l’architecte (1989).

Le train, un court métrage de six minutes, est le premier véritable film de François Girard. Sans trop de débouchés locaux, les compères décident de soumettre Le train à plusieurs festivals internationaux. Zone Productions n’est pas riche, mais les inscriptions ne coûtent pas très cher. Ils n’ont rien à perdre et tout à gagner. Et c’est exactement ce qui se produit. Le train remporte plusieurs prix internationaux.

Quant à Suspect No.1, François Girard tourne ce film expérimental avec Marie Brassard et Robert Lepage. Ce dernier est déjà une vedette montante du théâtre, avec deux importantes productions à son actif : La trilogie des dragons et Vinci.

Parmi les nombreux clips musicaux que Girard réalise à cette époque, citons 60 rue des Lombards du groupe UZEB, Perdus dans le même décor, de Jim Corcoran, Fais ce que tu voudras de Céline Dion. Il travaille également avec Michel Lemieux.

En publicité, il œuvre presque exclusivement pour le producteur Cinélande. Au fil des ans, il réalisera une centaine de pubs, ce qui représente une excellente école. Lors d’une interview accordée à la revue 24 Images en 1990, François Girard analysait les différences entre la création d’un vidéoclip et celle d’une publicité :

« Je considère que ce sont deux médiums. Paradoxalement, en pub, j’ai l’impression d’être plus proche du cinéma : il faut raconter une histoire en 30 secondes, travailler avec les acteurs, etc. En clip, la démarche est fondamentalement musicale : je me considère comme un musicien qui joue de la caméra. L’écriture est musicale, le public aussi. » [1]

Dès 1986, Girard flirte avec l’ambition de réaliser un long métrage. Mais il n’a pas encore le bagage nécessaire, ni suffisamment d’expérience, ni assez de financement. Entre la réalisation de ses nombreux vidéoclips et vidéos d’art, il commence à préparer discrètement ce qui deviendra Cargo. Le processus de création durera quatre longues années.

Girard enfile donc les contrats et les projets pour pouvoir réaliser son rêve :

« Avant d’arriver à Cargo, j’ai participé à au moins trente productions. C’est beaucoup de préparation, beaucoup de tournage, beaucoup de montage, beaucoup de son, beaucoup de musique, beaucoup de postproduction. Beaucoup de monde aussi. On apprend à “dealer” avec le monde. Il faut rencontrer les artistes, respecter ces gens-là, créer un mouvement d’équipe autour d’une idée. Inspirer la confiance. Aussi, j’ai appris qu’on n’a jamais fini d’apprendre. » [2]

À la fin des années 1980, Girard n’a effectivement pas fini d’apprendre. Mais il a déjà une bonne production à son crédit et il a suffisamment d’expérience, et de flair, pour se mesurer à des projets plus ambitieux, plus complexes. Ses intérêts et talents multidisciplinaires lui permettront d’exceller au cinéma, à l’opéra et au théâtre.

Notes:

[1] 24 Images, mars-avril 1990

[2] Séquences, janvier 1991



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