Depuis que nous avons annoncé le retour de CONTACT à la télé, il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un me demande si telle ou telle personnalité sera du nombre de nos invités. Tout le monde a sa petite idée sur ce qu’est la création. Et on a tous un jour ou l’autre été inspiré par le travail d’un grand créateur, que ce soit une personnalité disparue, ou d’autres stars de la littérature et du monde des arts qui nous éblouissent aujourd’hui par leur travail.
On me demande aussi souvent d’exprimer ma vision de la création, de définir ce qu’est une œuvre, un créateur. Je n’ai pas de réponses vraiment arrêtées sur le sujet, ce serait farfelu de prétendre le faire et surtout de fixer dans le temps ce qui m’apparaît insaisissable, intemporel, mais à priori, je me risquerai à dire que l’objet ultime de la création, c’est la vie qu’on se fait. La plus belle expression de la création, c’est la vie que l’on se modèle, et la façon dont on la vit. C’est la première œuvre du créateur.
Ensuite, il y a des créateurs dont l’objet de création est intéressant. Intéressant parce que ça peut nous divertir, nous interpeller, nous faire poser des questions. Et ça ouvre des fenêtres dans des univers qu’on ne voit pas. Le créateur nomme, ou évoque plutôt, des sentiments et des impressions qu’on intuitionne mais qu’on n’arrive pas à définir. C’est le rapport au premier tableau cubiste. C’était violent pour des gens qui n’avaient jamais conçu que l’univers sensible puisse être décomposé de cette façon. C’est ça le créateur, c’est quelqu’un qui te fait changer ton paradigme de ce qu’est le monde.
Et c’est aussi, plus banalement, le combat avec la fatalité. C’est de faire quelque chose qui transcende ton existence et le fait que tu vas mourir. C’est le fait d’altérer le monde pour y laisser une trace. C’est de Lascaux aux créateurs d’aujourd’hui. Malraux parlait du musée imaginaire... c’est le dialogue entre tous ces objets de création depuis des millénaires, qui se parlent et se relancent. L’artiste africain qui influence l’Occidental, Picasso par exemple. C’est cette trace durable qui fait qu’on veut exister par-delà son propre échéancier terrestre. C’est un moteur puissant.
Et c’est aussi ce mystère, au-delà, disons, peut-être, de la quête narcissique de l’éternité dans un objet. Ça existe chez les artistes nécessairement. C’est l’irréductible force qui fait que certaines personnnes ne peuvent pas échapper à ce destin. Elles doivent créer quelque chose. La vie ne te donne pas le choix. Tu as quelque chose à dire qui s’exprimera d’une façon ou d’une autre, et c’est ce qui m’avait, moi, le plus intéressé dans mon premier catalogue de Contact : qu’est-ce qui fait que c’est gens-là se réveillent le matin avec l’envie de dire quelque chose ; ça ne se calme pas, tu peux pas aller à l’usine, il n’y a pas d’autre possibilité. Comment sont bâtis les neurones de ces gens-là ? Il n’y a pas de réponse.
Et l’audace que ça implique... parce que le créateur est toujours, un peu, souvent, en rupture de ban avec une société plus normée. Ce n’est pas simple, parce que ce n’est jamais paramétré. C’est une vie que tu devras imposer. En fait, il y a autant de réponses que de créateurs, et tous les créateurs ne sont pas obsédés par ce mécanisme-là. Mais moi, ça m’intéressait de fouiller cette dimension. Et c’est encore un des éléments qui m’alimentent au plus haut point.




Commentaires
1. vendredi 3 février 2006 à 12:42, par Jean Pierre :: Créer pour s’amuser
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